Réalités de la vie d’un moine zen au Japon… et en France.

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[...] Dans la tradition bouddhiste primitive, le pratiquant qui souhaite s’engager pleinement devient bikkhu – qui vit de mendicité – il quitte son foyer, se rase le crâne et mène une vie errante en s’attachant à suivre les règles du vinaya. Le chan chinois et le zen japonais ont progressivement abandonné les règles du vinaya jugées trop contraignantes : les pratiquants suivaient les dix préceptes majeurs et les 49 préceptes mineurs ; ils pouvaient vivre soit en monastère, soit comme moines mendiants.

Or ceux qui portent le titre de moine zen à l’heure actuelle (et dont je fais partie) n’ont rien de commun avec cela : les moines zen modernes en Occident vivent en grande majorité en société et en famille. Le système bikkhu (ou shukke, au Japon) est à mon sens une distinction sociale, la dénomination d’une catégorie avec des règles de vie bien précises, des coutumes, des marques physiques (kasaya, crâne rasé). Par conséquent la spécificité d’un groupe social se reconnaissant au travers de rites et de règles communes ne correspond pas à notre manière de pratiquer.

Au Japon, un pratiquant désireux de s’engager dans la voie a le choix entre deux possibilités :
- Effectuer la prise de refuge, la cérémonie du repentir, la cérémonie des dix préceptes et demeurer au sein de la société : il sera alors un laïc pratiquant, ce que nous nommons un bodhisattva. Cette cérémonie se nomme zaike tokudo.
- Ou bien il peut choisir de quitter la vie sociale et s’engager dans l’ordre du zen soto : la cérémonie est alors sensiblement la même et s’appelle shukke tokudo. Dans ce cas, il passera un temps plus ou moins long en monastère où, au bout de six mois de formation au minimum (généralement cela prend un ou deux ans), il accomplira automatiquement les cérémonies d’hossenshiki (shusso), shiho (transmission) et zuise (inscription dans la lignée) puis obtiendra le titre de kyoshi (enseignant). Il pourra alors reprendre un temple de famille (90% des moines sont fils de moine) dont il gérera le quotidien en assurant les services de prêtrise (célébrations mortuaires, etc) et de conseils spirituels de la même manière qu’un prêtre catholique en France. Il peut également choisir de rester en monastère.

Dans l’A.Z.I., les ordinations de bodhisattva puis de moine sont successives. Ces étapes reflètent une gradation dans l’engagement d’un pratiquant sur la voie bouddhique mais c’est une invention récente qui existe surtout parmi les héritiers de maître Deshimaru. Or ces deux voies ne sont pas graduelles mais parallèles.
Bien que le moine zen moderne japonais ne suive ni le vinaya ni même la majorité des préceptes, il a un rôle social, une position reconnue. Il appartient à une catégorie socio-professionnelle bien distincte au sein de la société japonaise.
Mais rien de tout cela en France

D’où la problématique identitaire qui m’anime : mon ordination de moine n’a aucun sens en tant que telle car elle symbolise mon appartenance à un groupe social, l’ordre du zen soto, dans lequel je ne me reconnais pas. Pour moi, seule la prise de refuge et la cérémonie des préceptes ont une signification claire, réelle et profonde pour un pratiquant actuel.

Ne pourrait-on pas envisager de remettre au centre la prise de refuge comme étant un aboutissement en soi de la pratique sans qu’il soit nécessaire de devenir moine pour être reconnu comme un "vrai pratiquant" ?

Ne sommes-nous pas en train de créer une sorte de nouveau statut à mi-chemin entre le laïc et le monastique ? Ne serait-il pas intéressant de réfléchir au sens de la pratique dans notre vie quotidienne à partir de cette vision ?

Ne pourrait-on pas étudier le système du lama tibétain qui me semble parfois plus pertinent pour décrire la pratique de nombreux moines ou nonnes zen en France ?

Une autre problématique me touche personnellement : petit à petit se forment des communautés en France mettant le zazen, le samu et les rites du zen soto au centre de leur vie. Des centres tels que Kanshoji en Dordogne ou Fudenji en Italie ne m’intéressent pas vraiment car ils tentent de calquer le système japonais.

Le temple zen bouddhiste de la Gendronnière, qui n’est pas, jusqu’à présent, un monastère typique du zen soto mais plutôt un exemple de vie communautaire basée sur la pratique du zazen et du travail, pourrait en revanche être un laboratoire extrêmement intéressant pour la pratique du bouddhisme zen en France.
Car en effet, comment répondre aux vocations de ceux qui souhaitent s’extraire d’un mode de vie ordinaire insatisfaisant, mettre la pratique du bouddhisme au centre de leur vie sans pour autant adhérer à un mode de vie monastique stricte qui in fine est réservé à une élite et à un profil de gens très particuliers ?

La réflexion sur notre identité de moine ne doit-elle pas s’accompagner d’une réflexion sur le sens du "vivre ensemble" en tant que pratiquant du zen ? En mettant de coté cette « barrière » du moine, en réfléchissant profondément à ce que signifie le sentiment religieux et comment le manifester dans une vie communautaire, en se recentrant sur la pratique du recueillement assis et du travail désintéressé, il me semble que l’on pourrait créer une dynamique autrement plus intéressante que ce qui se fait actuellement.

 Nous pourrions imaginer un rythme à plusieurs niveaux avec des personnes qui vivraient sur place en payant un loyer tout en continuant d’exercer à temps plein une activité professionnelle à l’extérieur et sans avoir à suivre le rythme de vie communautaire dans sa totalité – la pratique du zazen quotidien devant bien sûr rester le ciment liant tout le monde. D’autres qui pourraient utiliser les infrastructures sur place telles que le four à bois, les champs de blé et le moulin ou bien le potager ou encore la forêt et les outils d’abattage afin de fournir des biens à la communauté et de vendre les surplus leur permettant d’avoir un apport d’argent décent. D’autres enfin pourraient vivre sur place à temps plein et gratuitement, assurer le service du quotidien et être soutenus financièrement par les actifs qui travaillent à l’extérieur.

Ce ne sont que quelques exemples, les modalités organisationnelles sont nombreuses et il ne tient qu’à nous de les imaginer.

Il me semble que la notion de moine est aujourd’hui peu pertinente car génératrice d’illusions vis-à-vis de la société civile et surtout vis-à-vis de nombreux pratiquants. Il m’apparait nécessaire de nous recentrer sur ce qui fait les fondements de notre pratique et de créer à partir de cette connaissance au lieu de vouloir sans cesse copier ce qui se faisait dans les temps anciens.

                                                                                                                             Guillaume Tachon

Guillaume Tachon, 28 ans, moine zen depuis deux ans, qui après avoir obtenu mon diplôme de l’école de commerce de Nancy a décidé de se consacrer entièrement à la pratique du zen. Il a fait un ango de formation de trois mois en 2012 au temple de Shogoji au Japon. Il vit actuellement à Blois où il travaille comme encadrant maraîcher aux Jardins de cocagne.

LIRE L’ARTICLE INTÉGRAL SUR LES ATELIERS D’ÉTUDES DU SHÔBÔGENZÔ 

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Réalité de la vie ou succédané théâtral fantasmé ?

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Nous sommes intéressés durant toute notre vie par le superficiel, par ce qui nous amène de la reconnaissance sociale. Nous finissons par confondre cette image sociale avec ce que nous serions.Mais intérieurement nous sentons que cela ne peut nous satisfaire pleinement et cette superficialité crée un malaise, il arrive à un moment où nous avons la sensation de « ne pas avoir vécu » ou que « notre vie n’a pas de sens », de passer à côté de l’essentiel. Ce mal-être va nous entraîner à rechercher encore plus de compensations. Et notre vie dans un cercle vicieux sera une comédie où nous utiliserons des « jouets » pour faire croire que nous vivons réellement. Ces jouets peuvent aller de la tétine pour le bébé jusqu’à la voiture de sport, le dernier vêtement de marque en passant par la course à la possession d’appareils hight-tech derniers cris, toujours changeants ou des conduites addictives à des produits ou des comportements (comme la sexualité).

Nous oublions de pouvoir prendre du plaisir à ce que nous faisons, ce que nous vivons, pour toujours espérer plus et mieux.

La pratique de zazen c’est affronter de face le moment sans ces « hochets ». En effet si nous pratiquons zazen d’une manière assidue et soutenue, comme en retraite, durant les sessions de zazen le temps n’a plus le même rythme. Il s’écoule avec lenteur, voir longueur, pouvant entraîner angoisse et ennui. Nous pouvons dans un premier temps utiliser les mêmes stratégies de contournement que dans la vie quotidienne. Comme il n’y a rien à s’accrocher, le mental semble rester une des seules possibilités. Nous pouvons alors partir et suivre les pérégrinations erratiques du fonctionnement de notre cerveau. Mais cela trouve ses limites , d’autant plus si notre pratique est assez conséquente en durée. La seule solution est de ne pas en chercher, c’est à dire vire notre zazen comme « réalité de vie à chaque instant » comme le dit Kosho Uchiyama.

Nous ne pratiquons pas zazen pour obtenir quelque chose, même pas pour obtenir l’éveil. Le but est le moyen. L’objectif de zazen est la pratique de zazen. Dôgen nous dit que pratiquer zazen c’est « abandonner le corps et l’esprit ».

Dès que nous commençons à nous asseoir en zazen il n’y a plus rien à rajouter, simplement se centrer sur la posture, mais non pas avec une intention, non pas avec une idée, une pensée, simplement avec notre corps. Ce qui est extraordinaire c’est que cette expérience est du même type que celle que nous vivrons lors de notre fin de vie. Mes parents viennent de décéder il y a peu, et j’ai pu voir comment « aux portes de la mort » on se sent « nu ». Tous nos jouets, dont je parlais plus haut, n’ont plus aucune utilité, plus aucune efficacité. La mort nous permet de nous affronter. Enfin ! dirais-je, si nous n’avons pas eu de pratique qui nous l’a permis durant notre vie. Comme le dit Pierre Rabhi : « qu’en sera-t-il de mon esprit, de mon âme ? Je n’en sais rien. La résurrection promise par les religions n’est pas une consolation pour moi. Je n’ai aucune certitude, advienne que pourra ! Mon grand problème est plutôt de savoir s’il existe une vie avant la mort et ce que vivre veut dire. ».

La pratique de zazen est une pratique du quotidien, une pratique de l’ordinaire. Nous ne cherchons pas à avoir une respiration particulière pour obtenir des effets particuliers sur le corps, nous laissons notre respiration dans son état ordinaire.

Nous ne sommes ni dans un sentiment d’échec ou de réussite, quoi qu’il se passe. Nous ne cherchons qu’à vivre consciemment notre zazen, tout le reste n’est que re-création de « jouets », n’est que du cinéma que nous nous faisons.

Cette façon d’aborder zazen en ne vivant que dans l’instant, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe dans notre mental ou nos émotions, c’est vivre notre vie dans le moment présent. Et cela nous pouvons le faire à tout instant dans notre vie, c’est vivre la réalité de notre vie et non plus un succédané théâtral fantasmé. C’est vivre la réalité de la vie, telle qu’elle est.

 (dessins : Sotozen)

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Quel est le gain de l’éveil ?

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Quel est le gain de la connaissance de soi ?

On peut parler des gains de l’éveil et ils sont innombrables :

  • -la liberté à l’égard des pensées et des émotions
  • -la paix intérieure
  • -la joie d’etre
  • -l’unité avec toutes choses
  • -l’émerveillement
  • etc….

Mais en réalité, dans l’éveil à soi-même, le véritable gain c’est précisément l’éveil. Avant la vision, on se pense très présent et très conscient mais en fait on dort, on est dans le coma. L’éveil est une naissance, une découverte hallucinante de soi-même, et par rapport à cette découverte, tous les autres gains m’ont toujours semblé de peu d’importance. Avec l’éveil, nous jaillissons à nous-même et au monde.

Et de plus, paradoxalement, celui qui pourrait bénéficier de quoi que ce soit a disparu ; il n’est tout simplement plus là. Vide est le centre, absent est l’observateur.

L’éveil est donc aussi une perte, un anéantissement, un appauvrissement, une descente. Nous voulons tous du gain, mais qui veut perdre ? Le chemin de l’éveil est un chemin de nudité.

LIRE D’AUTRES ARTICLES SUR LE BLOG DE JOSÉ LE ROY

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D’où vient le mot moine ?

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J’entends souvent dire que le mot français « moine » vient du grec monos qui signifie « seul » et que le monachisme chrétien a pour impératif de se retirer de la société et de vivre seul afin de se rapprocher de Dieu. Je ne suis pas d’accord avec cette définition de monos ni cette approche du moine chrétien. Pour autant je comprends tout à fait que les moines bouddhistes se posent la question de l’appellation moine.Il me semble qu’il est bon de s’approcher mieux de ce qu’est réellement un moine chrétien.

[...]

Le terme monos ne signifie pas seulement « seul », il signifie aussi « un » et « unifié » et cela se transporte sur le mot grec monachos (prononcer monakhos) qui est à l’origine du mot moine. Et c’est quelque chose qui est parfois repris aujourd’hui par des moines zen : « Qu’entendons-nous par monastère ou centre zen ? Le mot monastère fait penser aux moines, à l’ascèse d’une vie religieuse. Et dès l’instant où nous posons l’idée de moine, nous opposons l’idée de laïc, de vie sociale. Mais les mots moine, monastère ont pour origine le mot grec « monachos » qui signifie « un, unifié ». Un moine est un être qui aspire à l’unification parfaite du corps et de l’esprit, et cela, indépendamment de ses conditions extérieures de vie ! Le moine, la nonne sont des êtres simples. Mais rien n’est plus difficile que l’accès à la simplicité profonde. »

[...]

Aujourd’hui on appelle globalement du terme de « religieux » ou « religieuses » les hommes et les femmes qui se consacrent totalement à Dieu par des voeux qui rentrent dans un certain cadre officiel, on emploie souvent ce terme pour les distinguer du « clergé » et des « laïcs ». Je pense qu’on peut distinguer aujourd’hui principalement trois termes :

– Les moines et moniales au sens strict : Bénédictins, Trappistes, Camaldules, Cisterciens…

– Les « frères » ou « sœurs » des communautés qui sont plus directement en rapport avec le monde comme par exemple les Dominicains ou les Franciscains (eux ne s’appellent ni moines ni moniales) ;

– les ermites qui sont souvent des moines (bénédictins ou autres) qui ont choisi de vivre essentiellement dans la solitude, soit retirés dans un endroit relativement désert, soit retirés dans une petite maison au fond d’un parc appartenant à d’autres religieux. Voici deux exemples. De nombreuses personnes ont connu le Père Déchanet (1906-1992), bénédictin qui pratiquait le yoga : il a vécu longtemps comme ermite dans un ermitage du Valjouffrey avec l’autorisation de ses supérieurs. Aujourd’hui le frère Réginald Stoffel vit en ermite au fond d’un parc à Versailles et pratique la méditation zen. Ces ermites ne sont d’ailleurs pas coupés du monde : par exemple le Père Déchanet recevait chaque été de nombreuses personnes, Réginald Stoffel anime un groupe de zazen.

[...]

Deux films ont récemment mis en scène des moines dont on voit bien qu’ils ne sont pas solitaires :

– « Le grand silence » un film de 2006 qui montre la vie des moines dans un monastère chartreux, une vie très retirée ; on peut en voir un extrait là : http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-grand-silence-124190

– « Des hommes et des dieux » Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Ce film s’inspire librement de la vie des Moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.

[...]

Monachos n’est pas une seule fois dans la Septante ( traduction grecque de l’Ancien Testament réalisée vers 270 avant JC) ni dans le Nouveau Testament.

Monachos se trouve pour la 1ère fois dans la littérature chrétienne dans les années 150 : dans trois logia (paroles) de Jésus de l’évangile de Thomas.

Monachos est utilisé au IIe siècle par des traducteurs grecs de l’Ancien Testament pour traduire le mot yahid, mais ce mot est aussi traduit par d’autres mots grecs. En particulier la Septante, dans le verset 7 du psaume 68, traduit le pluriel de yahid par le mot monotropous qui désigne « ceux qui n’ont qu’une seule direction ».

Le monachisme, né surtout en milieu grec fin du IIIe siècle, début du IVe siècle après les persécutions, a utilisé très tôt le mot monachos, « moine » pour désigner l’ascète qui vit seul, à l’écart du monde, même si parfois ces solitaires se regroupent en petites communautés. Saint Antoine (251-356) est considéré comme le père de tous les moines chrétiens. Par contre, les trois premières règles monastiques cénobitiques (de vie en communauté), celles de Pacôme (292-346) qui écrit en copte, Basile, Augustin, refusent ce mot : le cénobite vit avec d’autres, il n’est pas seul, il n’est pas solitaire, il n’est pas moine. Mais le mot monastère désigne déjà leur maison. Basile qui est un anti-ermite farouche, va même jusqu’à dire dans sa règle : « L’homme n’est pas un animal monastique ». Dans aucune de ces règles on ne trouve le mot : « moine », mais on parle de « frères ». Ce n’est que par la suite que le mot « moine » a désigné le cénobite, en particulier c’est Jérôme qui aurait traduit en latin la règle de Pacôme vers 404 en traduisant le terme de « frère » par « monachus ». Le monachisme féminin a suivi de peu le monachisme masculin puisque Marie, sœur de Pacôme fonde une communauté en 340.

Lire l’article intégral de Christiane Marmèche sur Ateliers d’étude du Shôbôgenzô

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Album BD « ZEM, APPRENTI MAÎTRE ZEN » – INTÉGRALE – 2008 – TOME 1

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(pensez à grouper vos commandes des différents tomes, pour limiter le prix des frais de port)

Jusque là ZEM avait publié en deux volumes de 40 pages, faits de choix de dessins publiés sur le site. Mais depuis 2008 qu’existe le personnage, il me semblait nécessaire de présenter sur papier tous les dessins faits, année après année. Mais cette intégrale qui débute, est plus qu’une compilation de dessins,  c’est un véritable manuel de méditation, pour qui suit concrètement cette Voie audacieuse du Silence, de l’agir et de l’amour.

INTÉGRALE – 2008 – TOME 1

Dôgen, grand mâitre zen, dit (in Shôbôgenzô – Zazenshin) : « Être éclairé par la claire Lumière des éveillés et des patriarches veut dire étudier à fond et pratiquer avec ingéniosité cette méditation assise. ». Zem est un moinillon qui voudrait bien devenir enseignant avec ingéniosité mais sans passer par de longues pratiques. Heureusement, maître Tsé (la vie en Tibétain) est là pour le ramener à la Réalité.

Un livre d’humour pour ceux qui voudraient pratiquer la méditation mais aussi un livre d’approfondissement pour ceux qui pratiquent déjà. Les 51 dessins sont agrémentés de textes tirés le plus souvent de grands maîtres zen.

Véritable manuel de méditation pour vous accompagner sur la Voie enseignée par le Bouddha.

lire des extraits (qualité basse définition)

Format : 12x18cm (Manga) - Impression : Couleur - Pages : 106 - Le pdf 4.69€ - Le livre 20.47€   (plus port) -acheter ce livre

et pour acheter ZEM en anglais, espagnol ou portugais allez ici.

LE SITE DE ZEM

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Le bouddhisme engagé

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Un livre qui vient à point dans un monde en plein changement et qui ne semble pas savoir où il se dirige. A une époque où la plupart se mettent d’accord sur la catastrophe économico-écologique vers laquelle nous courons et où en même temps rien ne semble changer fondamentalement, les dogmes resurgissent et s’affrontent, se voulant réponses à un monde insaisissable par sa complexité et sa frivolité. Le bouddhisme nous proposera-t-il son propre dogme pour répondre à ces interrogations ou une autre voie ?

Dans les deux premières parties de son livre Eric Rommeluère dresse un rapide et complet tableau de l’histoire du bouddhisme engagé et cherche à en trouver les limites et les dérives, mais aussi les ressources et les richesses. Dans sa dernière partie il nous renvoie à notre propre capacité à prendre soin du monde à notre époque. Comme on a pu le voir dans son précédent livre « Le bouddhisme n’existe pas », le dharma (l’enseignement du Bouddha) n’est pas là pour rajouter de nouveaux dogmes mais pour nous amener à déconstruire ceux existants qui nous enferment dans une illusion pathologique. De la même manière le bodhisattva, le bouddhiste qui s’engage, va chercher à explorer les différentes possibilités existantes ou à en inventer, méditer sur ces possibilités et les exprimer publiquement, voir contester les formes aliénantes et illusoires de notre monde actuel, pour sortir de notre fonctionnement égoïste institutionalisé. Ce n’est pas tant la recherche d’un monde idéal, que de réinvestir le monde tel qu’il est, faire éclore de nouvelles valeurs qui soient basées sur le « Prendre soin », de soi, d’autrui, du monde.

Au delà des attitudes personnelles, les réponses ne pourront être que politiques, les bodhisattvas pourront-ils participer à trouver et créer une politique de vie qui soit amour !? Il n’y a pas de domaine où le bodhisattva ne peut s’engager, il ne s’interdit rien. Mais s’engager, la voie du bodhisattva, est une voie difficile et héroïque où il faut, souvent à contre-courant, savoir prendre ses responsabilités dans la durée. Même si chacun donnera en fonction de ses limites et de son contexte, le zen nous donne des pistes concrètes (en valeurs et en manières d’agir) pour forger notre caractère héroïque pour réaliser pleinement notre humanité.

« Le bouddhisme engagé » –  Éric Rommeluère - Éditions du Seuil

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La pratique de la Voie du Bouddha ne nous apporte rien

Le bouddhisme n’est pas une école dogmatique. C’est la seule pratique spirituelle qui peut dire de tuer son personnage principal (« Si tu cherches le Bouddha, le poison du Bouddha s’emparera de toi. Tue le Bouddha quand tu le rencontres » Rinzaï  ) Il nous invite qu’à nous comprendre nous-mêmes et à comprendre le monde. Les principes du bouddhisme c’est d’aller vers le coeur de l’humain, Le bouddhisme c’est apprendre à être le serviteur de la vie

Et la pratique de la Voie du Bouddha ne nous apporte rien, Bien au contraire elle favorise en nous un lâcher-prise. Elle ne nous rapporte rien car elle nous amène plutôt à abandonner beaucoup, délaisser les images que nous pouvons avoir de nous-mêmes, renoncer à trouver quelque chose qui puisse réellement nous appartenir… Cette Voie est toute contenue dans zazen. Et ce moment de pause est un temps où on va chercher à ne rien surimposer à l’assise, à ce qui est. On laisse « zazen faire le zazen tout seul ». Alors zazen ne dépend plus « d’un moi » ni de qui que ce soit d’autre. Ainsi quelque chose apparaît dans notre corps/esprit qui fait qu’on se sent devenir de plus en plus « spacieux », d’une manière consciente ou inconsciente on s’éveille à cette Grandeur, Tout commence alors & seulement. Le zen c’est être dans cette dimension totale d’ouverture à partir d’un ego libre, bienveillant et déployé.

Comme la dissolution alchimique qui amène au Grand Oeuvre, ces délaissements nous conduisent à prendre conscience que nous ne sommes pas les propriétaires du monde mais nous en sommes seulement des dépositaires, des garants. Nous n’avons qu’à faire vivre la vie par nous, à être la vie. C’est le Grand accomplissement. Le travail du zen c’est ressentir cette vie en nous et travailler avec ce sentiment d’ouverture intérieure et de laisser vivre en soi cette aspiration qui nous dépasse : la vie. Alors, malgré les difficultés de nos existences(« malgré les malgré »), nous vivons toujours quelque chose de grand quoi que nous fassions. C’est cela être un bodhisattva, c’est être un pratiquant qui s’éveille et agit, C’est déployer son énergie dans chaque instant en accomplissant les 6 vertus ( Le Sūtra du Lotus mentionne six perfections : 1/ Dāna : la générosité sans condition, avoir les mains, l’esprit et le coeur ouvert – 2/ Śīla : l’éthique, paroles, actes et mode de vie juste. – 3/ Kṣanti : la patience, et l’indulgence – 4/ Vīrya : l’effort enthousiaste – 5/ Dhyāna : méditation & vigilance. – 6/ Prajñā : sagesse) et en les insufflant dans toutes les activité quotidiennes.

(d’après des notes prises au cours d’un enseignement en sesshin)

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Rohatsu – 8 décembre

VIA J’AI DEUX KÔANS À VOUS DIRE

Le 8 décembre est la date la plus importante de la tradition zen : Le Bouddha s’est en effet éveillé au petit matin d’un 8 décembre (ou plus exactement le 8 du 12e mois selon l’ancien calendrier chinois) après sept jours de méditation ininterrompue. Depuis plusieurs années, je souhaitais que nous puissions nous exercer ensemble pendant sept jours comme le font les pratiquants zen à cette occasion. C’est la rohatsu sesshin, littéralement «la retraite du 8 décembre». Cette retraite a comme particularité de se dérouler dans le silence complet et de rien rajouter à la méditation qui est pratiquée tout au long du jour et parfois de la nuit. Il n’y a donc ni enseignement, ni rituel, ni bâton. On sonne une première fois la méditation au début de la retraite et on resonne la fin de la méditation sept jours après. On considère en effet qu’il n’y a qu’une seule méditation qui dure sept jours et sept nuits.

La première rohatsu sesshin de notre communauté aura lieu à la Maison du dharma au Mans. Elle débutera le vendredi soir 30 novembre par une première méditation à 20 h et se terminera le samedi 8 décembre par une dernière méditation à 8 h du matin suivie d’une célébration. Il reste deux places.

INFOS ET INSCRIPTIONS SUR LE SITE UN ZEN OCCIDENTAL

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Hors des naissances et des morts il n’y a pas de Bouddha

La mort n’est pas l’opposée de la naissance. L’une et l’autre ne sont ni identiques ni différentes. Ce sont en fait deux aspects inséparables d’une même réalité. Il n’y a pas à maudire l’une et/ou pleurer l’autre. Hors de ce processus de naissance et de mort, il n’existe pas de Bouddha. Alors essayer de trouver Bouddha hors de ce déroulement, c’est comme pointer le nord sur une carte quand vous voulez aller au sud. Agir ainsi c’est s’égarer dans sa quête. Être Bouddha c’est aussi naître et mourir. Détester et rejeter cela empêchera de devenir Bouddha. A contrario si on s’y attache, on ne deviendra pas non plus Bouddha !

Nous semblons vivre entre ces deux opposés apparents mais en fait nous ne pouvons nous manifester que dans l’instant présent qui est au-delà de ces contraires supposés.

Vivre pleinement cet instant c’est abandonner le fait que nous sommes notre corps ou/et notre mental, mais c’est nous ouvrir à quelque chose de plus grand. Comme je le marquais dans un autre article : quand je touche une table, je touche le cosmos. Pour cela au lieu de nous sentir prisonnier du passé (naissance) et du futur (mort) nous devons accepter que la mort et la naissance soient de tout instant. C’est une erreur de croire que la naissance se transforme en mort. Lorsque l’on parle de naissance, il n’y a rien d’autre que naître. Lorsque l’on parle de mort, il n’y a rien d’autre que mourir. Quand toutes deux surviennent, nous devons les accepter telles qu’elles sont, ne rejeter ou ne désirer rien d’autre. « C’est comme cela ». il n’y a plus de séparation entre l’avant et l’après de chaque moment. Pour nous y faire réfléchir un koan zen dit : « quel visage avais-tu avant ta naissance ?». Il ne s’agit pas de baisser les bras et d’être soumis, de refuser l’enseignement du passé ou de ne pas faire de projets d’actions, mais de ne pas lutter contre l’inéluctable et d’accueillir les autres dans leurs souffrances, leurs demandes. Pour cela il est indispensable d’abandonner tout égocentrisme pour se livrer à l’intégralité de la vie. Et quand nous nous éveillons à cela, il n’y a ni naissance, ni mort.

Il n’y a donc rien à fuir, rien à rechercher, mais à vivre en harmonie avec la nature et les êtres vivants qui la peuplent. C’est seulement de cette manière que nous pouvons nous détacher du processus de la souffrance Et c’est en trouvant ainsi notre juste place que nous pouvons nous libérer.


  • « Shôji », Naissances et morts dans le »Shôbôgenzô - La vraie Loi, Trésor de l’Œil » De Dôgen – Editions Sully
  • Shōbōgenzō, Shōji ; Eihei Dōgen ;Projet Epure: Sōtō Zen Association – [SUISSE], Mis en ligne le [ 24 janvier 2009 ] Consulté le Dimanche 11 Novembre 2012
  • Shôbôgenzô , Shoji, "La vie et la mort". Eihei Dôgen ; Un Zen Méridional, Consulté le Dimanche 11 Novembre 2012
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Les deux enseignements reçus à la mort de ma mère.

Pour moi ce sont deux leçons remarquables que j’ai reçues de ma mère au cours de ce passage de vie qu’est son décès, et que je voudrais partager avec vous.

La première est que le chagrin qu’amène un tel événement est une belle leçon sur l’impermanence. Il y a une semaine je l’accompagnais dans son transfert d’un hôpital à un autre. Elle était fatiguée mais encore pleine de vie et savait manifester ses désirs. Huit jours après je l’accompagne toute la nuit dans son inconsciente et relative sérénité, grâce au personnel soignant qui a su mettre en place ce qu’il fallait pour l’accompagner jusqu’à la mort avec le moins de souffrance possible.

En quelques jours on passe d’un corps vivant à … autre chose. Nous montrant la fragilité de la vie.

Cette fragilité nous touche tous, et c’est cet enseignement que nous donnent ceux qui décèdent. Alors prenons en conscience vis à vis de nos proches. Sentons cette impermanence, serrons-les dans nos bras en disant « C’est merveilleux que tu sois là. Je suis si heureux. ». Et profitons de ces instants si précaires pour faire tout notre possible pour rendre l’autre heureux, ici et maintenant, tant que cela est possible.

La moralité plus vaste de tout ceci est de réfléchir à quelle sera, par exemple, ma réaction face à quelqu’un qui me dit quelque chose qui me met en colère ? Si j’écoute cette impermanence, je me rends compte qu’il n’y a pas de quoi se prendre la tête pour des choses qui n’ont souvent guère plus de poids que l’écume sur la mer.

La seconde leçon que j’entends de ma mère, me parle de la mort qui fait partie de la vie. Bien sûr il est légitime que nous ayons du chagrin à l’idée qu’il ne pourra plus y avoir de contact direct, physique ou verbal. Mais tout ne s’arrête pas là. Chacun a ses croyances qui l’aident dans ces épreuves, et c’est une bonne chose. Pour moi c’est la métaphore de la table.

Si je pose un regard profond sur une table, évidemment je vois le travail du menuisier mais ce n’est pas la seule cause de la table. Si le menuisier n’avait pas :

  • d’outils qui ont été eux-mêmes construits par d’autres,
  • du bois qui a du pousser sur de la terre, grâce aux pluies, aux nuages, au soleil, au compost des feuilles mortes,
  • du temps pour faire cette table,
  • de l’espace aussi,
  • à manger,
  • un toit,
  • un père et une mère qui l’ont mis au monde
  • et une multitude de conditions ;

… il n’aurait pas pu faire en sorte que la table existe. Tout le cosmos a contribué à la manifestation de cette table.

De la même manière mon corps n’est pas uniquement « moi » mais il est aussi une continuation de ma mère et de mon père, de mes grands-parents et de mes arrière-grands-parents. De tous mes ancêtres. L’idée d’avoir perdu ma mère n’est qu’une idée. Il est évident à cet instant que ma mère est toujours vivante en moi, en nous. Cet enseignement primordial est comme le dit la célèbre maxime de Lavoisier : « Rien ne se crée, rien ne se perd. Rien ne naît, rien ne meurt. » ou celle d’Anaxagore  : « Rien ne naît ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau ».

Quand une vague meurt sur la plage. Nous la regardons en termes de début (une vague apparaît) et de fin (la vague meurt sur la plage). Dans cette dimension linéaire & historique, nous sommes préoccupés par la naissance, par la mort, le début et la fin. Mais avec un regard profond, nous pouvons voir que les vagues sont en même temps l’eau et que l’eau est libre de la naissance et de la mort d’une vague. La vraie nature de la vague est l’eau, de la même manière que la vague n’a pas besoin de chercher l’eau, parce qu’elle est l’eau, nous n’avons nulle part où aller pour toucher notre véritable nature. L’accouchement n’est pas le moment de la naissance, c’est juste le moment où on sort du ventre de notre mère. Naissance et mort ne sont que des instants d’un processus global. Ils ne sont ni un début ni une fin, mais que des étapes de cette transformation continuelle. Et à chaque instant « c’est comme cela ».

Quand je touche « la » table, je touche le soleil, les nuages, la pluie, la terre, je touche la totalité du cosmos. La vague n’a pas besoin de mourir pour devenir l’eau, n’attendons pas la mort pour vivre notre nature profonde.

Alors que j’étais assis à côté de ma mère, en fin de vie, que je lui tenais la main, que j’étais parfaitement calme et totalement présent, je ne sais pas si j’ai pu l’aider à mourir dans la liberté, mais au moins je me suis ouvert à ce double enseignement qu’elle me passait, nous pouvons vivre plus libre si nous prenons conscience de notre fragilité et de la continuité de la vie. Et c’est pourquoi je la remercie aujourd’hui.

Pour aller plus loin (livre qui m’a servi pour cet article) : Il n’y a ni mort, ni peur. Thich Nhat Hanh; La Table Ronde, 2002

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