Zazen, et après ?

Zazen (1)

La posture est importante en . Dans une posture juste, nous trouvons notre place ; notre place en soi, avec les autres et avec l’espace.

Lorsque nous nous asseyons, nous commençons par chercher un point d’ancrage fixe dans le sol puis nous nous déployons verticalement. C’est le même principe lors de la marche méditative lente, les pieds « s’enfoncent » dans le sol.

Et après ? Nous pouvons être pris entre « faire quelque chose » et « ne rien faire ». Tout d’abord il faut prendre conscience que ce que l’on est, notre corps et notre esprit, avec nos problèmes, est ce qu’il y a de plus parfaitement adapté pour se réaliser. On ne va donc pas chercher à fuir le mental ou le corps, mais on les retrouve, non pas pour les subir mais pour les transformer.

Et en même temps notre action ne sera pas « contre » quelque chose. On ne va pas chercher à arrêter nos pensées ; ce serait chercher à arrêter de vivre. En fait, tout le paradoxe est qu’on ne s’efforce à rien, ni à repousser quoi que soit, ni à atteindre quelque chose en particulier.

Il est naturel qu’émergent le flux des pensées, celui des sensations ou des émotions. Mais si on ne reste que dans ces flux nous ne méditerons pas mais nous serons dans de la rêverie. C’est pourquoi on peut dire que dans la méditation nous ne sommes pas seulement passifs. Il y a aussi une dimension active qui est « ouverture ». Nous développons une très grande lucidité, une clarté de l’esprit.

Dans le zen on considère que l’esprit est un miroir sur lequel apparaissent des ombres. La méditation c’est passer à travers ces ombres pour trouver l’esprit pur. Le regard traverse tout ce qui surgit, comme si tout cela n’était que transparent.

Le zen de la clarté silencieuse : Hongzhi est l’auteur de “L’inscription sur le silence et la clarté” (Mozhaoming, jap. Mokushômei), un poème composé de courts distiques où il fait l’éloge de la méditation sans objet de la tradition caodong qui associe la tranquillité, le silence (mo) et la lucidité, la clarté (zhao). Cette forme de méditation fut longuement critiquée par Dahui Zonggao, l’un des plus importants maîtres chinois de l’époque qui prônait, quant à lui, la contemplation des kôan. Il critiquait Hongzhi et ses condisciples pour, selon lui, leur négligence de l’éveil. On oppose souvent le “zen de la clarté silencieuse” (mozhaochan, jap. mokushôzen) de Hongzhi au “zen qui contemple les mots” (kannuachan, jap. kannazen) de Dahui. (2)

Le risque de la méditation passive c’est de devenir comateux comme des crapauds.

Mais si on ne se livre qu’à Mokusho (Moku := silence, tranquillité, paix – sho = clarté lumineuse), on va vers l’endormissement de la conscience. Il faut développer le regard vers ce qui surgit et l’éclairer.

C’est pourquoi nous soignons notre posture, car il nous faut trouver une assise juste, expérience du corps qui permette de laisser surgir cette clarté. La colonne vertébrale bien droite sans rigidité, permet cette unification entre le corps et l’esprit.

Le pari du zen, c’est que si on trouve ce point où il y a silence et clarté on a un autre rapport au monde et des réponses par l’agir.


  1. Notes personnelles – sesshin UZO – 2008
  2. Un Zen Occidental
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Juste s’asseoir

Shikantaza

« Shikantaza : le but de la pratique de zazen est le zazen. Zazen signifie : abandonner corps et esprit. Faire du zazen c’est le satori. » (1)

Dès qu’on décide de méditer, c’est à dire de s’asseoir, on ne fait rien d’autre que de s’asseoir. Si une insatisfaction monte nous ne sommes plus « juste assis », c’est le mental qui s’agite.

« Dès que l’on a commencé à s’asseoir en zazen, on ne doit plus faire autre chose que se concentrer sur la juste posture… non plus avec la tête mais avec chair et os. Enfin, abandonnez tout et ne vous occupez que de la posture correcte du zazen. […] Gardons ceci présent à l’esprit : ce qui reste insatisfait, c’est notre intellect avide de comprendre, incapable de voir le fruit de son activité. » (1)

On peut avoir l’illusion de pratiquer pour l’éveil. Mais l’illumination c’est d’être dans ce qu’on ce que l’on fait, sans rien y rajouter de ce qu’on pourrait être, de ce qu’on pourrait faire, ce qu’on devrait faire, de ce que cela pourrait apporter.

« Ces formes ne sont pas des moyens d’obtenir le juste état d’esprit. Être dans cette posture, c’est cela même avoir le juste état d’esprit. Il n’y a pas besoin d’obtenir quelque état d’esprit spécial. […] Quand vous essayez d’atteindre quelque chose, votre esprit commence à vagabonder ailleurs, votre corps et votre esprit sont ici même. […] L’état d’esprit qui existe quand vous êtes assis dans la bonne position est, lui-même, illumination. Si l’état d’esprit que vous avez pendant zazen ne suffit pas à vous satisfaire, c’est que votre esprit vagabonde encore.  » (2)

Juste s’asseoir

La grande force de « juste s’asseoir » c’est de se débarrasser de toutes les croyances, de toutes les angoisses, de tous les désirs, de toutes les peurs, pour n’être que dans l’acte en lui-même : juste assis.

« L’expression « juste s’asseoir », shikantaza, signifie que rien ne s’interpose entre celui qui s’assied et l’acte de s’asseoir. Cette assise ne se fonde sur aucune croyance, aucune idée. Il s’agir simplement de vivre l’expérience. L’expérience de la simplicité, de la bonté, de la présence, de la nudité. Ou encore, s’il faut trouver un mot plus puissant encore, de la liberté. L’expérience de se défaire des luttes, des attentes, des comparaisons. » (3)

Il n’y a rien à rajouter, rien à retrancher à ce qui est : l’assise.

« Lorsque vous atteignez l’éveil, si vous ne trouvez aucune interrogation de plus plus, vous avez déjà le Grand Éveil. » (4)

« J’imaginais toutes sortes de choses.

Mais maintenant,

le fond du seau est défoncé.

L’eau ne s’y accumule pas.

La lune ne s’y reflète pas non plus. »

Chiyono (4)

Nous ne cherchons pas à savoir si nous sommes bouddhistes, si nous méditons bien, si nous allons être éveillés, nous sommes simplement assis.

« Kodo Sawaki disait toujours : « faire du zazen, c’est tout » Cette parole signifie : ne vous occupez pas de savoir si zazen est le chemin du Bouddha ou si le chemin du Bouddha est le zazen. Zazen est zazen. » (1)

Sans rien d’autre

Nul besoin d’autre chose que de s’asseoir, ni rituel, ni croyance, ni habit.

« Il n’est pas nécessaire de brûler de l’encens pour mettre votre esprit en condition. Il n’est pas besoin de vénérer des statues du Bouddha, ni de […] psalmodier le nom du Bouddha. Il n’est pas besoin d’actions de repentir, ni de lecture des sutras, ni d’autres cérémonies. Il suffit uniquement d’exercer le zazen. » (5)

Nous sommes, tel l’épouvantail au milieu du champ, posés. Son activité est d’être posé ici.

« Un épouvantail

Dans un petit champ montagnard.

Il ne le surveille pas

D’une manière consciencieuse.

Mais il n’est pas inutile. »

Kukkoku (6)

Qu’être disponible

Être comme un épouvantail fait peur, devrions nous être ainsi passif, « sans rien faire » ? Quel est ce « lâcher-prise » dont on parle beaucoup, mais le plus souvent plutôt compris comme soumission (laisser faire) plutôt que comme « ouverture sur tous les possibles ».

« Un abandon, un lâcher-prise, un oubli s’opèrent, mais ce lâcher-prise n’est possible qu’en maintenant un effort. On s’astreint en effet à une certaine posture, et c’est dans l’astreinte même que surgiront naturellement les sentiments d’ouverture et de liberté intérieures. Une double dimension à la fois d’activité et de passivité devient l’évidence : je médite tout autant que je suis médité. On pourrait ajouter que la méditation consiste à créer des disposition particulières (son aspect d’activité) afin de laisser opérer le lâcher-prise (son aspect de passivité). Être passif n’est pas démissionner devant ce qui est. En réalité, je ne peux être que le seul acteur de ma vie, y compris dans le for intérieur de la méditation. La passivité est disponibilité.  » (3)

À la vie

Cette posture, va bien au delà du temps dit de « méditation », celui où nous sommes assis sur un coussin, c’est la bonne posture dans tous les actes de la vie.

« Essayez toujours de garder la bonne position, pas seulement lorsque vous pratiquez zazen, mais dans toutes vos activités. Pour conduire, pour lire, prenez la bonne position. » (2)

À l’instant

Et cette posture de chaque instant, c’est être simplement, mais entièrement, présent à l’instant.

« Plus nous attendons l’éveil, plus nous nous en éloignons. Si nous abandonnons toute attente d’une réalité autre, nous nous apercevons que tout se joue aujourd’hui. Plus qu’aujourd’hui, en ce moment. Plus qu’en ce moment, juste maintenant. » (3)


  1. La realite du zen – Uchiyama Roshi Kosho – Courrier Du Livre -
  2. Esprit zen, esprit neuf – Shunryu Suzuki – Seuil -
  3. Les bouddhas naissent dans le feu – Rommeluère, Éric – Edition Seuil
  4. La saveur du zen – Ikkyû – Edition Albin Michel
  5. Eihei koroku – Dôgen -
  6. Mystère de la sagesse immobile du Maître Takuan – Présenté et traduit par Maryse et Masumi Shibata – Albin Michel
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SOUFFRANCE ANIMALE – VÉGÉTARISME

Prendre soin du monde

Le bouddhisme n’entreprend pas de rendre le monde meilleur, mais propose aux humains de s’engager à prendre soin du monde (1). Nous verrons concrètement au cours de cette journée un point fondamental sur lequel nous pouvons assez facilement agir au niveau mondial : la souffrance des animaux.

La souffrance des animaux

Les animaux souffrent physiquement comme les humains et ressentent diverses émotions allant de la joie à la tristesse en passant par la peur, la colère et tout l’éventail de nuances attribuées auparavant aux seuls humains. Comme le montre l’éthologie, qui chaque jour comble un peu plus le fossé entre humains et animaux, ces derniers ont une vie sociale et psychologique très développée. (2)

Malgré cela, chaque année, en France, plus d’un milliard d’animaux sont transportés puis tués dans les abattoirs. De la vache au poulet, tous souffrent comme nos animaux domestiques préférés. Ils meurent dans la peur et la souffrance souvent longues et intenses communes à tout processus de transport et d’abattage en masse. (2)

Point de vue éthique

Cela nous met individuellement et collectivement devant la question suivante : prendre la vie d’un animal alors que ce n’est pas nécessaire (voir plus bas) est-il un acte juste? (2)

Suivant les vues bouddhistes de l’interdépendance (6) nous devons garder en conscience tout le parcours de ce que nous mangeons et ainsi ne pas séparer la viande qui est dans notre assiette de l’animal dont elle est issue. Et si on considère que toute souffrance animale inutile devrait être évitée (3), être végétarien est le meilleur moyen pour combattre la souffrance des animaux d’élevage, et par rapport à la consommation moyenne d’un français, nous permettre individuellement de sauver chacun entre trente et cent vies par an !

Point de vue écologique

De ce point de vue l’élevage (et encore plus, l’élevage intensif) crée de multiples désordres. Voir le rapport de la FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) de 2006(2) :

    • immense gaspillage d’eau.
    • pollution des nappes phréatiques (élevages intensifs de porcs)
    • déforestation (en Amérique du Sud au profit de champs de soja OGM à destination des élevages de poulets des pays riches)
    • augmentation de la création de gaz à effet de serre
    • et autres : pluies acides, la destruction des sols, des forêts, et des eaux.

Et il faut savoir qu’aujourd’hui la consommation de viande a quintuplé depuis 1950 au sein de l’humanité (4)

Point de vue sociétal

Dans nos sociétés contemporaines en général l’animal est considéré comme un simple objet sans droit, pire comme une marchandise.

« Le Code civil, (…) rien, dans aucun article de ce Code, ne distingue l’animal de l’objet. (…) Au regard de la loi, (…), l’animal n’est rien d’autre qu’une marchandise (…). Le Code pénal reconnaît bien que l’animal est un « être sensible » ; mais la loi apporte immédiatement une restriction, en précisant que son propriétaire doit lui assurer de bonnes conditions, comme si tous les animaux devaient avoir un propriétaire. Le même code ne légifère, en matière de protection contre les mauvais traitements et les actes de cruauté, qu’en faveur des animaux domestiques, ou apprivoisés, ou tenus en captivité, écartant donc tous les animaux sauvages à titre individuel, et autorisant sur eux toutes les cruautés imaginables. Et la loi continue de classer l’animal sauvage comme res nullius, la chose n’appartenant à personne, ce qui permet à quiconque de se l’approprier, mort ou vif ! » (3)

La démarche libérale sera donc de traiter les animaux comme des constituants d’un produit de consommation alimentaire, au même titre que des produits chimiques (5). Cette vision de l’alimentation réifiante et purement économique se fait aussi au détriment des agriculteurs (achats par les grands groupes à des prix imposés non réalistes (5) ), de la santé des consommateurs (5):

    • présence d’additifs et de produits chimiques créant « des risques non maîtrisés pour la santé. », voir le livre du nutritionniste Laurent Chevallier : « Impostures et vérités sur les aliments », Fayard, 2008)
    • présence excessive de sel (source de maladies cardiovasculaires) et de sucres dans les plats (le cuisinier Thierry Marx explique : « Les arômes, les sels que contiennent les plats préparés masquent souvent leur extrême médiocrité. Consommer ces produits ultra-transformés nuit au porte-monnaie, à l’environnement et à la santé. Songez que cette grillade de poisson, qu’une personne diabétique pourrait considérer, à première vue, comme idéale pour son régime, contient plus de sucre que sa quantité journalière autorisée ! »)
    • etc.

Point de vue de la santé humaine

Concernant justement la santé humaine, selon un rapport de l’ADA (American Dietetic Association) 2003, association franco-canadienne de diététique indépendante de tout lobby agroalimentaire :

« [...] l’alimentation végétarienne, menée d’une façon appropriée, est bonne pour la santé, adéquate d’un point de vue nutritionnel et bénéfique pour la prévention et le traitement de certaines maladies. L’alimentation végétarienne est adaptée à toutes les périodes de la vie. » (2)

Obésité, diabète, problèmes cardio-vasculaires, cancers, ostéoporose… La liste des maladies prévenues ou traitées par une alimentation végétarienne est longue et significative. La raison est simple: ne mangeant pas de chair animale, les végétariens absorbent des quantités infiniment plus faibles de substances nocives que les personnes consommant de la viande. (2)

Agir concrètement

Une façon simple d’agir concrètement sur le monde, comme on vient de le voir plus haut est d’être végétarien, c’est agir pour soi, pour les autres humains, et pour notre environnement. (2). Pour tout cela, et bien plus, c’est réellement prendre soin du monde, pour nous et nos enfants.

C’est pourquoi nous vous convions à venir (et le cas échéant, en couple, car il est alors plus facile d’adapter son alimentation, plutôt que d’être seul à vouloir conscientiser sa famille) à cette journée Upaya, organisée par notre groupe zen  : « SOUFFRANCE ANIMALE – VÉGÉTARISME » du 17 juin 2012 sur Nantes.

Le programme de cette journée, ainsi que le bulletin d’inscription sont SUR CETTE PAGE.


  1. Les dix préceptes de bien
  2. Association Végétarienne de France
  3. Wikipédia
  4. Wikipédia
  5. Wikipédia
  6. Manger moins pour plus que manger
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Pouvoir vivre sans regrets, authentiquement

Nos différents habits

Nous prenons nos différentes conditions (sociales, professionnelles, familiales, financières) pour notre « moi » et nous pensons que celui-ci est immuable.

Dans notre jeunesse, toute déception peut être compensée par l’énergie que nous mettons à vouloir changer ce qui ne nous convient pas dans ces statuts. Et nous avons l’espoir qu’il y aura un après qui sera conforme. On peut ainsi passer beaucoup de temps dans la sphère professionnelle en se disant qu’on profitera de la vie plus tard, dès qu’on aura la reconnaissance, l’argent etc.

Insatisfaisants

En fait cet attachement à ces reconnaissances nous apporte rapidement de l’insatisfaction au moins de trois manières.

Tout d’abord nous nous rendons compte que quoi que nous ayons cela ne nous satisfait pas suffisamment mais que c’est toujours « après » que ce sera bien, passant à côté de la vie dans l’instant pour espérer un mieux-être plus tard.

Ensuite ces différents états que nous prenons comme nous-mêmes, nous obligent de les vivre dans l’opposition aux autres humains. En effet si nous basons notre vie sur un « moi » cela se fait en opposition avec « les autres ». Avec nos désirs inassouvis, nous vivons dans un climat de compétition, de violence, de suspicion, de domination etc.

Mais à la fin

Mais le plus important nous le découvrons au moment de la mort, notre propre mort, ou ce qui nous en approche, comme des maladies graves, ou celle d’êtres chers :

« Nous confondons complètement ces existences purement conceptuelles avec la vraie expérience de la vie qui est quelque chose de présent. » (1)

Bronnie Ware (2), une infirmière Australienne travaillant en soins palliatifs, a publié la liste des regrets des malades en fin de vie :

1. J’aurais aimé avoir le courage de vivre comme je voulais, et pas de vivre la vie qu’on attendait de moi.

2. Je regrette d’avoir travaillé si dur

3. J’aurais voulu avoir le courage d’exprimer mes sentiments

4. Je regrette de n’être pas resté en contact avec mes amis

5. J’aurais aimé m’autoriser à être plus heureux

Être dans l’instant

La méditation est en fait une activité qui nous permet de trouver ce que nous sommes dans l’instant, ce que nous vivons réellement sans attendre le moment ultime de notre vie.

« L’objet de la Voie du Bouddha est de s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est poser le problème de la vie et de la mort de l’individu. La voie du Bouddha n’est pas un enseignement qui nous force à pratiquer. Nous sommes déjà en train de pratiquer. Tout le monde est confronté au problème de la vie et de la mort. Vivre et mourir sont de grands problèmes pour l’être humain. » (3)

Uchiyama Roshi Kosho dit

« Dès que nous pénétrons le monde du Zen, nous voulons vivre la réalité de la vie. » (1)

Sans pouvoir le dire

Bien entendu nous ne pouvons mettre des mots, des concepts sur cette expérience, même s’il nous est donné l’envie de la partager.

« Le fondement du Bouddhisme est la réalité de la vie qui se pose de manière absolue au-delà de toute définition. […] En ce qui concerne « la réalité de vie », nous pouvons dire seulement : elle est ce qu’elle est. » (1)

Simplement vivre

Dans l’instant de méditation, nous nous sentons simplement vivre, simplement vivre authentiquement et pour que notre vie soit « vivante » nous essayons de la vivre comme une méditation, authentiquement.

« Ouvrez vos yeux devant la réalité du moment présent ! » (1)


  1. La realite du zen – Uchiyama Roshi Kosho – Courrier Du Livre -
  2. Liste des regrets des malades en fin de vie.
  3. Retour au silence. la pratique du zen dans la vie quotidienne – Dainin Katagiri – Points
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Des moyens habiles

Unité derrière la diversité

Le Sûtra du Lotus a son premier chapitre après le prologue qui s’appelle « Les expédients salvifiques » (1)

L’enseignement du bouddha n’est pas aussi simple à accepter qu’il y paraît. Si on essaye d’aller plus loin que l’approche psychologico-non-violente bouddhiste que la presse met souvent en avant, on s’aperçoit que ces préceptes nous obligent à remettre en cause nos fonctionnements et sont donc difficiles à accepter.

« Ma loi est sublime, difficile à comprendre ;

en l’entendant, les outrecuidants

ne lui accorderont à coup sûr ni foi ni respect. » (1)

En fait cette compréhension ne doit pas être tant mentale…

« Les Éveillés prêchent en suivant la convenance des êtres, mais la teneur en est difficile à saisir. [...] Cette Loi, ce n’est pas la discrimination réflexive qui peut la comprendre. » (1)

… qu’une bienveillante ouverture du cœur.

« Tout se fait en tranchant les facultés mentales et en délaissant le chemin de l’intelligence. Tel est le moyen habile pour guider les débutants. Après cela on se dépouille du corps et de l’esprit et on abandonne l’illusion et l’éveil. » (2)

Pour cela l’enseignement du Bouddha a été entendu sous trois formes en fonction des époques :

« Dans les époques en proie aux désordres causés par affliction de l’âge cosmique [...] les Éveillés, grâce à la puissance de leurs expédients salivifiques, opèrent une distinction dans le véhicule unique et en prêchent trois. » (1)

Mais la difficulté est notre capacité à voir l’unité qu’il peut y avoir derrière ces apparences.

« L’Ainsi-Venu ne prêche la Loi aux êtres qu’à l’aide de l’unique véhicule d’Éveillé , il n’y a pas d’autres véhicules, ni deux ni trois. » (1)

Être à l’écoute

Et il en a été ainsi de tous les enseignements du Bouddha, toujours adaptés au public qui était concerné :

« C’est en sachant que les êtres ont mains désirs et attachements au plus profond du cœur que je m’adapte à leur nature foncière et que je leur prêche la Loi à l’aide d’une grande variété de relations, de paraboles, de locutions et d’expédients efficaces. » (1)

Pour être capable de s’accorder avec ceux qui ont envie de se transformer pour se détacher de leur souffrance, de leur manque il faut être en capacité d’être à l’écoute de l’autre, de faire preuve d’amour pour comprendre ce qu’il vit.

« La tendresse des bouddhas et des bodhisattva les conduit non à professer des théories universelles toutes prêtes, mais, dans une écoute réelle, à donner à leurs interlocuteurs tout ce qui est à même de les faire grandir et de les embellir, selon leur capacité et leur propre identité. » (3)

Créativité

Pour répondre aux attentes des personnes, il faut faire preuve de créativité subtile. Ce qu’on nomme dans le bouddhisme les « moyens habiles » ou encore les « expédients salvifiques » en sanskrit : upâya et en japonais « hôben »

« Upāya en sanskrit et en pāli (उपाय) signifie « moyen ». Le bouddhisme mahāyāna accorde une grande importance à l’upāya kausalya (ou kaushalya : habileté कौशल्य), en chinois fāngbiàn (方便), en tibétain thabs, qui désigne la capacité, développée au plus haut point chez les bouddhas et les bodhisattvas, de choisir le meilleur moyen de guider les êtres en fonction de leurs besoins et possibilités propres à un moment donné. L’upāya devient donc le « moyen habile » ou l’ « expédient salvifique » employé par un être déjà éveillé et mû par la compassion pour guider les autres êtres sur la voie de l’Éveil. Cette notion encourage l’utilisation de plusieurs approches différentes du développement spirituel et décourage le dogmatisme. » (4)

Mais cet agir adapté, peut aussi être difficile à comprendre, car on peut avoir envie de reposer “tranquillement” son propre agir sur des consignes, des enseignements, des dogmes précis.

« Dans un contexte non religieux, le sanskrit upâya signfie simplement le moyen, le procédé ou le stratagème. Il dérive d’un verbe upe qui a le sens d’aller vers » (une destination, quelqu’un) ou d’ »entreprendre » (une action) autrement de s’engager. Dans une perspective dharmique, l’upâya désigne une entente de la parole. Le Bouddha n’énonce pas une vérité universelle, indépendant des hommes et des situations, il s’adresse à des hommes et des femmes de chair et de sang, tissés de leurs émotions, de leurs croyances, de leurs désir, de leurs vertiges aussi ? L’Éveillé s’adapte à leur écoute, il dévoile ce qu’ils peuvent apprécier, il révèle ce qui peut les élever. Il n’exprime pas de vérité métaphysique, mais ce qui se conforme à la vérité de la situation : ses mots sont justes dans la mesure où ils s’ajustent à la situation. La conduite qu’il propose nes saurait être une norme législative dictée au nom de concepts abstraits, mais la conduite qu’il sait nécessaire dans l’épaisseur de la condition humaine. » (5)

Le grand paradoxe

Paradoxalement, cette facilité d’adaptation, nous oblige non pas à suivre des leçons générales, mais à prendre la responsabilités de nos actes, en fonction de principes universels mais non doctrinaux. C’est cette prise de responsabilité qui nous met face à nous mêmes, et face à nos peurs.

« Quels que soient la forme et le contenu de son discours, son entente lui permet de défaire les peurs. » (5)

La praxis : action et sagesse

La garantie donnée par l’enseignant c’est que ces moyens habiles reposent sur la sagesse révélée par le Bouddha. L’un et l’autre sont indissociables, comme les deux ailes de l’oiseau.

« La prajñā, sagesse du bouddha, est la perception de la vacuité parfaite, absolue, et l’upāya un moyen non absolu, défini relativement aux circonstances, aidant à atteindre la prajñā. Dans le Bodhisambhāra, Nāgārjuna exprime l’importance des trois vertus de sagesse (prajñā), d’habileté dans le choix des moyens (upāya kaushalya) et de compassion (karunā), qui sont présentées respectivement comme la mère, le père et la fille du bodhisattva. La métaphore mère-père est reprise dans le bouddhisme tibétain, où prajñā est associé au féminin et upāya au masculin, dans les représentations de déités en yab-yum par exemple. » (4)

Même si on oppose souvent dans cette compréhension, différentes voies du bouddhisme, comme le « Petit véhicule » (hinayana) (représenté principalement à notre époque par l’école Théravada) et le véhicule de la Grandeur (Mahayana) (comme le zen ou le bouddhisme tibétain -vajrayana- par exemple), dans la réalité ces moyens habiles font partie intégrante de l’enseignement du Bouddha et se retrouvent dans toutes les écoles.

« Le concept d’upāya n’est pas inconnu du hīnayāna ; on trouve par exemple dans le Majjhima Nikaya la comparaison entre les pratiques bouddhiques et des radeaux : ce sont des upāyas, moyens permettant d’atteindre le vrai but qui est l’autre rive (nirvāna), et non des objets ayant une valeur propre. La lecture de l’Abhidharma montre que la praxis dans le bouddhisme ancien a toujours eu une grande importance, et que la salvation en dépend plus que de l’adhésion à une vérité philosophique déterminée. Néanmoins, c’est dans le mahāyāna (et sa branche vajrayāna) que le concept de « moyen habile » est développé. L’habileté dans le choix des moyens (upāya kaushalya) y devient parfois la septième des vertus pāramitās. Le concept d’upāya comme expédient salvifique apparait tout d’abord dans les textes prajñāpāramitā, le Sūtra des dix terres qui expose la voie du bodhisattva, et surtout le Sūtra du Lotus. Par ailleurs, la nécessité d’adapter l’enseignement aux spécificités du disciple pour le rendre efficace est reconnue de tous les systèmes religieux ou idéologiques qui cherchent à faire école, dont le confucianisme. La notion d’upāya a donc été aisément acceptée dans les régions d’expansion du mahāyāna. » (4)

Aller à l’essentiel

Comprendre les « moyens habiles » c’est dépasser une connaissance scolastique pour découvrir notre inspiration essentielle

« Les éveillés n’agissent pas en fonction de dogmes mais de situations. Toute leur habileté consiste finalement à révéler ce qui les anime au plus profond d’eux-mêmes, l’esprit vaste, et à permettre à chacun de toucher à son tour cet esprit. » (3)

Cela change tout dans la façon d’aborder le bouddhisme, nous ne sommes plus dans l’attente d’une révélation extérieure mais au contraire dans un dévoilement de ce que nous sommes.

« Ne cherche rien à l’extérieur, tu n’es pas différent d’un bouddha. C’est pour cela qu’il est dit dans le sûtra : « Ils ouvrent le savoir et la vue des bouddhas. » dit Huineng au maître Hongzhou Fada (3)

Et c’est quand on a pris conscience de ce qui nous anime et de nos potentialités qu’on peut faire preuve de créativité dans notre pratique, qui devient action sur le monde.

« Adopter l’enseignement du Bouddha ne signifie pas reproduire les formes que les traditions bouddhistes ont pu prendre ici ou là, au gré des influences culturelles et de l’histoire de chaque pays, mais simplement entendre sa méthode, une réponse toujours renouvelée, inventive et créative, aux besoins des êtres, dans un dialogue constant et engagé avec le monde. » (5)



  1. Le sûtra du lotus – chapitre « Les expédients salvifiques » – Trad Jean-Noël Robert – Ed Fayard -
  2. Gakudô Yôjin Shû (Recueil des points à observer dans l’étude de la voie) de Eihei Dôgen in « Les fleurs du vide ; anthologie du bouddhisme » E Rommeluere Grasset (1997) – voir article sur ce blog : « Sous nos pieds » -
  3. Les bouddhas naissent dans le feu – Rommeluère, Éric – Edition Seuil (Paris)
  4. Wikipedia -
  5. Le bouddhisme n’existe pas – Rommeluère, Éric – Edition Seuil (Paris)
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La pratique du sourire et de la joie au quotidien

Pour continuer sur le sourire, au quotidien, ce texte de Marie-Hélène (1) :

« Sourire à la vie

sourire à ce qui vient déranger notre confort,

sourire parce que c’est chaque fois une nouvelle énigme à résoudre,

sourire parce qu’à chaque fois on se découvre davantage,

sourire parce que se connaître c’est marcher dans le sens de l’unité,

sourire parce que la vie jalonne nos choix de balises que l’on nomme hasards, justement pour qu’on ne se perde pas,

sourire à l’enfant qui est en nous,

Sourire ! »

« souriez et ouvrez vos yeux

souriez et laissez monter en vous cette joie douce et aimante.

Souriez ! » (1)

car comme elle dit plus loin dans son livre :

« Avant de changer de vie il faut commencer par changer le regard sur elle. Avoir celui d’un enfant émerveillé.  […] La créativité est la partie toujours saine chez l’être humain. » (1)

Marie-Hélène a mis au point un qi gong du sourire, une sorte de chorégraphie joyeuse :

« le Siu Qi-Gong (siu en Chinois veut dire sourire) Le sourire intérieur unificateur (siu) se compose d’une intention de l’esprit (se mettre en cohérence), d’un lâcher-prise des émotions (échanger les peurs perturbantes contre la joie de retrouver l’Unité qui me contient et me porte) et d’un geste du corps (le sourire) » (1)

Livret Siu Qi-Gong (cliquer sur livre pour le télécharger en pdf) :

Film Siu QI-Gong, QI gong dont il est question dans le livret :

Et durant toute la journée on peut y repenser dans chaque acte :

« Je m’assieds au calme, je détends mon corps, je respire avec le ventre, je veille à ce que mon front soit décrispé et je souris à chacune de mes cellules. Ma pensée, ma joie et mon corps sont ainsi pendant ces quelques instants bien alignés. Surveiller sans cesse le signal du « je ne peux pas sourire » qui indique notre « décohérence » et notre chute vers toujours plus d’angoisse et de faiblesse. » (1)

Voilà ce qu’il nous reste à faire :

« Ton sourire est ta tâche. […] quand tu ouvres les yeux le matin, souris  » (2)

Un autre exercice de qi-gong, donné par Mantak Chia pour développer le “sourire intérieur”, cette énergie de sérénité et de bien-être qui irradie depuis nos organes intérieurs vers le monde extérieur.

1. Cet exercice de Chi Kung est habituellement fait en étant assis sur une chaise. Asseyez-vous au bord de la chaise, les pieds à plat sur le sol, le dos droit et relaxé. Imaginez que votre tête est suspendue par une corde joignant le sommet de votre tête au plafond. Fermez les yeux et pressez doucement votre langue contre le palais. Joignez fermement vos mains.

2. Rappelez-vous d’un moment où vous vous sentiez aimant, prenant soin de quelqu’un. Peut-être un moment où vous preniez soin d’une plante, d’un animal ou d’un enfant. Imaginez que vous puissiez revoir cette scène, ainsi que le doux sourire de compassion qui en émerge, comme une image à environ un mètre de vos yeux. Laissez votre front se relaxer et inspirez l’énergie de la compassion entre vos deux sourcils. Faites en l’expérience comme une source illimitée d’amour qui se concentre entre vos sourcils avant de se diffuser à l’ensemble de votre corps sous la forme d’un sourire.

3. Permettez à cette énergie souriante d’envahir votre visage, le détendant complètement. Souriez dans votre cou et votre gorge, dans la thyroïde et les parathyroïdes qui contrôlent votre métabolisme et conservent l’équilibre de vos os.

4. Descendez ce sourire dans votre thymus (dans la partie centrale de votre poitrine); la glande qui contrôle votre système immunitaire. Etendez le sourire à votre cœur, lui permettant de se relaxer et de fleurir sous la forme d’une belle lumière d’un rouge intense, transformant l’irritation et l’énervement en amour et joie. Etendez ensuite ce sourire aux poumons, les remplissant de lumière blanche, transformant la tristesse et le deuil en la capacité de discriminer ce qui est juste pour soi. Imaginez que vos poumons augmentent leur capacité d’extraire l’énergie de l’air.

5. Sur la droite, faites descendre le sourire au travers du foie, le remplissant d’une lumière verte de jeunes feuilles, augmentant ces centaines de fonctions de nettoyage et d’organisation ; transformant le ressentiment et la colère en une forme de présence claire et juste, empreinte de douceur pour vous même et les autres.

6. Sur la gauche, souriez dans votre pancréas qui aide votre digestion et régule la teneur en sucre du sang. Au bout à gauche se trouve la rate qui stocke les cellules sanguines. Imaginez que la rigidité et les pensées rigides se transforment en ouverture. Remplissez le pancréas et la rate d’une lumière jaune.

7. Amenez maintenant le sourire de chaque côté au travers des reins qui filtrent le sang et des surrénales qui vous donnent l’énergie de l’adrénaline. Alors que l’ensemble se relaxe dans une lumière d’un bleu profond, ressentez la transformation de la peur en douceur.

8. Finalement, amenez l’énergie du sourire dans la vessie, les organes sexuels qui équilibrent les cycles de votre vie. Terminez en amenant ce sourire en dessous du nombril, quelques centimètres sous la peau, dans ce centre appelé le Dan Tien en Chine.

Alors que vous faites circulez ce sourire, soyez attentif au sentiment que chaque organe sourit en retour. Prenez le temps pour que ceci puisse se produire.

9. Alors que vous continuez à étendre le sourire dans votre corps en provenance d’une source infinie d’amour et de guérison, imaginez que le sourire émerge de votre corps et remplit l’air autour de vous, puis la pièce entière. Imaginez que le sourire continue à s’expanser à toute la région, au pays entier, aux océans et continents jusqu’au moment où la planète entière est remplie de sourire. Alors que le sourire continue de s’étendre, restez attentif à votre corps. Vérifiez s’il y a un endroit de votre corps où il y a un excès d’énergie (peut-être ressentie sous forme de tension) et ramenez-la au Dan Tien, ressentant sa pulsation comme une source infinie de vitalité.

Enfin très simple et très efficace de respiration donné par Thich Nhat Hanh

« J’inspire, je sais que j’inspire., J’expire, je sais que j’expire.

J’inspire, mon inspiration devient plus profonde. J’expire, mon expiration devient plus douce.

Inspirant, je me calme, expirant je me mets à l’aise.

Inspirant, je souris, expirant je me relâche.

Inspirant, je m’installe dans le moment présent, Expirant, je sens que c’est un merveilleux moment. » (3)

Faisant de ces exercices nous pourrons nous réjouir, comme se réjouissent les bodhisattva :

« Se réjouir d’avoir toujours foi dans le Bouddha,

Se réjouir de vouloir écouter la doctrine,

Se réjouir de rendre hommage à la communauté ;

Se réjouir de se libérer des cinq désirs ,

Se réjouir de voir les voleurs malintentionnés dans les cinq agrégats,

Se réjouir de voir les serpents venimeux dans les quatre éléments,

Se réjouir de voir le village vide dans les bases internes ;

Se réjouir de suivre et de préserver la pensée de l’éveil,

Se réjouir de faire le bien des êtres,

Se réjouir de vénérer le maître,

Se réjouir de pratiquer l’immense générosité,

Se réjouir de respecter la ferme moralité,

Se réjouir de la patience et de la douceur,

Se réjouir de rassembler des racines de bien avec énergie,

Se réjouir de ne pas être agité pendant la méditation,

Se réjouir de la merveilleuse sagesse qui libère des souillures ,

Se réjouir de déployer l’esprit d’éveil,

Se réjouir de soumettre tous les démons ,

Se réjouir de trancher toutes les passions,

Se réjouir de purifier sa terre de bouddha ,

Se réjouir de cultiver toutes les vertus afin de perfectionner les marques ,

Se réjouir d’orner l’aire de l’éveil,

Se réjouir d’écouter les profondes doctrines sans aucune crainte,

Se réjouir dans l’enseignement de la triple libération sans inopportunément se réjouir ,

Se réjouir d’aider ses compagnons,

Se réjouir parmi d’autres que ses compagnons sans éprouver le moindre déplaisir,

Se réjouir de soigner et de protéger les amis de mal,

Se réjouir de s’attacher aux pas des amis de bien,

Se réjouir de goûter à la pureté en l’esprit,

Se réjouir de s’exercer aux innombrables rubriques de l’éveil ,

Telles sont les joies dharmiques des bodhisattvas.» (4)


  1. « Particule d’information - La sourire qui délivre » par Mamilène et Pascale Pourrut
  2. Dialogues avec l’ange – Gitta Mallasz – Edition Aubier (Paris) .
  3. Sheng Association .
  4. Soûtra de la liberté inconcevable – Vimalakîrti Traduction Éric Rommeluère.  Le livre (traduction de Carré) aux Edition Fayard -
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La joie et le sourire, malgré tous les malgré

 La voie du bodhisattva me semble être une voie joyeuse. Dôgen nous dit dans le Tenzo kyôkun que l’allégresse fait partie des qualités indispensables à développer pour agir (ici cuisiner) :

« Cuisiner est une pratique totale, à la fois corporelle et mentale. Il évoque les trois dispositions d’esprit nécessaires : l’allégresse (kishin), la gentillesse (rôshin, lit. “l’esprit d’une vieille [grand-mère]“, on pourrait mieux traduire par “la parentalité”) et la largesse (daishin). » (1)

Mais cet esprit d’allégresse, n’est ce que se contenter que des « petites joies quotidiennes » ?

« Lorsqu’on a approfondi zazen, on peut ressentir des accès de grande joie. Le véritable satori est d’ailleurs appelé “l’esprit de grande joie.” Cette joie, pourtant, émane de l’esprit qui a transcendé toutes les joies relatives de même que les chagrins. Il ne faut donc pas tenter de s’accrocher à ces petites joies. Il nous faut aller au-delà, indépendamment de la difficulté ou du peu d’envie qu’elle peut produire. » (2)

En même temps ressentir cette joie émaner de nous, « malgré tous les malgré », nous montre peut-être que nous sommes réellement sur la voie de la méditation.

« L’esprit agité n’est que le mouvement des vagues à la surface de l’océan. Quand les vagues se calment et que le vent tombe, la mer devient claire. Le processus de la méditation consiste à laisser les vagues se calmer. La chambre au trésor s’ouvre sur une profonde tranquillité. Dans cette tranquillité il n’existe plus de manque. Il y a la profondeur. Nirvâna signifie “éteint”. L’esprit a éteint tous ses manques et ses désirs mesquins. Il se fait un profond silence comme celui d’une nuit de pleine lune sur un océan sans ride. Et tandis que vous êtes là dans cette grande nuit, la signification de la chambre au trésor en train de s’ouvrir s’élève en vous, une joie particulière commence à se manifester. Et c’est cette joie qui est le début de la méditation. » (3)

Alors quel est ce rapport entre la joie qui émane et celle que l’on cherche à exprimer dans le quotidien ? D’après Mamilène Pourrut (4) ce lien serait le sourire. Même si au début il faut « forcer » ce sourire

« Laisser venir avec le sourire l’aventure de chaque jour. Souris à ton corps, souris à la vie, émerveille-toi des petits riens. » (5)

Rapidement la joie émane d’elle-même.

« Une vague de légèreté ne peut nous submerger que si on est UN. Si on est triste, c’est que notre coeur ne nous accompagne pas. […]  Être content de vivre, en nous la Vie fait le restant. » (5)

Forcer au début, ne veut pas dire foncer, tête baisser. Il nous faut déjà être à l’écoute de notre corps

« Si tu es fatigué repose-toi. Sans ton corps, tu ne peux aller au bout du chemin. » (5)

C’est dans cet esprit d’allégresse que l’on se sent un, sans différence entre le corps et l’esprit.

«  Chaque fois que tu te sentiras heureux, léger, c’est que tu auras trouvé la cohérence, quand ton coeur, ton corps, ton esprit regardent dans la même direction, quand ils s’unissent dans un même élan. » (5)

Dôgen dit

« Le corps et l’esprit pratiquent la voie » (jap. shinjin gakudô). (6)

Ou, dit autrement :

« Il est nécessaire d’être cohérent, uni en soi, respectueux des chuchotements de son coeur, de son corps et de son esprit pour parvenir à cet état de grâce qui permet de se dépasser. Et l’interrupteur le plus simple pour y arriver est l’intention d’être dans l’Unité, intention portée par le sourire. Il suffit d’un tout petit « p-acte » pour tout voir, tout éprouver différemment. C’est un acte musculaire qui permet à notre corps de collaborer avec notre esprit. […] Souris , c’est le mot de passe […] joue à essayer tu n’as rien à perdre, tout à y gagner. Apprendre l’amour de tout, c’est le premier pas vers cette réalité de bonheur et de liberté. [...] Ne pas attendre d’être heureux pour sourire. [...] Ce qui, en début d’expérience, ressemble à la foi du charbonnier, devient peu à peu non plus de la foi mais un savoir. » (5)

Et comme nous l’avons vu dans cette précédente histoire métaphorique :

« Le sourire est plus puissant que toutes les gymnastiques » (7)

.

  1. Zen Occidental.
  2. Rindô Fujimoto rôshi.
  3. John Crook.
  4. Mamilène Pourrut est une enseignante de QI gong qui a travaillé sur un nouveau qi gong : Siu Qi-Gong ou S.I.U. : Le sourire intérieur unificateur  (siu en Chinois veut dire sourire) )
  5. « Particule d’information - La sourire qui délivre » par Mamilène et Pascale Pourrut.
  6. Zen Occidental.
  7. Dialogues avec l’ange – Gitta Mallasz – Edition Aubier (Paris) .
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SHENG ZHEN QI GONG – ZEN

JOURNÉES UPAYA : SHENG ZHEN QI GONG – ZEN (avril 2012)

Pour voir le programme de cette journée qui s’est tenue en avril 2012, cliquer sur l’image ci-dessous :

Pourquoi une journée Upaya en lien avec ce qi gong ?

Pour quoi pratiquer le Dharma à notre époque ?

Nous pratiquons le Dharma pour nous éveiller, nous libérer de nos peurs, augmenter notre amour et devenir authentiquement joyeux.

Traditionnellement en orient, c’est la forme monastique qui permet cela en se « jetant » dans la méditation. C’est l’investissement total de toute une vie ( « pour deux ou trois vies » dit même Dôgen -Sammai ô zammai-) . Mais en occident, et même quasiment partout, dans le monde contemporain, la plupart des bouddhistes sont laïcs, ont une famille, un travail, des relations sociales, associatives. Comment peuvent-ils faire ?
Pratiquer « un peu » ?
Quand on a le temps ?

Mais ce type de pratique peut-il réellement et concrètement changer notre vie ? Où ne risquons-nous pas de nous leurrer ?

Comment pratiquer le Dharma à notre époque ?

Pour compenser le fait qu’on ne se lance pas à “corps perdu” dans la pratique, il nous faudrait des « vitamines d’éveil » pour développer cette lucidité, cet amour et cette joie. C’est ce qu’on nomme dans le bouddhisme les « moyens habiles » (sanskrit : upâya et en japonais « hôben »). Les « Journées Upaya » offrent des approches complémentaires qui révèlent quelque chose de l’enseignement du Bouddha, mais d’une autre manière, par une d’approche diversifiée.

Les enseignements du Bouddha ont toujours été adaptés au public. Dans le sûtra du lotus, le Bouddha dit : « C’est en sachant que les êtres ont maints désirs et attachements au plus profond du cœur que je m’adapte à leur nature foncière et que je leur prêche la Loi à l’aide d’une grande variété de relations, de paraboles, de locutions et d’expédients efficaces. »

Nous n’avons pratiqué ni qi gong ni zazen.

Lors de cette journée nous n’étions pas là pour pratiquer qi gong ou zazen, mais pour bien plus que cela. Telle est la Voie de la Grandeur.

La Voie de la Grandeur

Le bodhisattva, est cet être humain qui emprunte cette Voie de la Grandeur. Pour cela, il lui faut un “esprit vaste”. En effet le Bodhisattva prend vis à vis de lui même et de tous les êtres vivants, des voeux, des voeux complètement fous, comme « sauver tous les êtres ». C’est cet impossible que nous offre l’enseignement du Bouddha.

Mais à quoi bon, il y a tellement d’êtres vivants qui souffrent ? Et pourtant comme le contecette histoire, pour la personne qui est “sauvée” cela change tout.

Et puis comme déjà dit, nous sommes tellement pris, on ne peut quasiment rien faire. Mais l’histoire du colibri nous montre, que chacun à notre niveau, nous pouvons faire « notre part ».

Voilà la « Voie de la Grandeur » : faire sa part, car pour chaque personne rencontrée, cela change tout. A nous de trouver les « moyens habiles » pour entreprendre cette voie de la grandeur. Voilà ceux que nous offre la pratique de qi gong :

Faire preuve de douceur vis à vis des êtres

Pour être capable de s’accorder avec ceux qui ont envie de se transformer pour se détacher de leur souffrance, de leur manque il faut être en capacité d’être à leur écoute, de faire preuve d’amour, de douceur, de tendresse, de lenteur, pour comprendre ce qu’ils vivent, à leur rythme et non à professer des théories universelles toutes prêtes, mais, être dans une écoute réelle de la situation, pour donner à nos interlocuteurs tout ce qui est à même de les faire grandir et de les embellir, selon leur capacité et leur propre identité.

Être centré & ancré

Pour répondre aux attentes des personnes, pour faire face aux souffrances des autres sans se faire “embarquer émotionnellement”, il nous faut être centré, équilibré, authentique.

Développer notre énergie

Paradoxalement, cette facilité d’adaptation des enseignements et de nos pratiques, nous oblige non pas à suivre des leçons générales, mais à prendre la responsabilités de nos actes,  et à être en capacité de faire preuve de créativité subtile dans nos réponses. C’est cette prise de responsabilité qui nous met face à nous mêmes, et face à nos peurs, qui nous impose de développer notre énergie pour ne pas baisser les bras.

Ouvrir son coeur

Les moyens habiles ne seraient que des techniques sans la sagesse enseignée par le Bouddha. L’un et l’autre sont indissociables, comme les deux ailes de l’oiseau. En orient le cœur et l’esprit sont nommés par le même mot (shin en jap) et sont situés au même endroit dans le corps, au niveau du coeur. Ouvrir son cœur, c’est avoir l’esprit vaste, disponible, ouvert à tout les possibles : wouahhhh ! ;)

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Agir : de la volonté à la méditation

La volonté

Les pratiques moralisatrices des religions sont basées sur le fait que nous devons travailler notre volonté pour avoir des actes, voir des pensées, conformes à des dogmes. Mais grâce à l’apport des méthodes scientifiques de visualisation du cerveau en action, nous savons que le rapport entre la volonté et les actes n’est pas si simple.

Méditation et pensée

La pratique de la méditation nous amène à accepter de voir ce qui est, sans rien rejeter, sans s’attacher à rien ; voir ce qui se passe, nos émotions, nos pensées, nos sensations.

Ainsi une pensée reste une pensée, sans jugement négatif ou positif. Elle peut être paradoxale concernant d’autres pensées, voir même par rapport à nos actes.

Attention et actes

La pratique de l’attention au quotidien nous permet de voir nos actes. Mais nous savons maintenant scientifiquement que nous percevons l’acte juste après l’avoir fait.

« La conscience que nous avons de ce que nous faisons, cette conscience n’a pas véritablement été conçue comme un instrument qui nous permette de prendre des décisions. Quand les psychologues sont allés expérimenter, dans les années 1960, autour de la question de la volonté, ils ont fait la découverte sidérante que la volonté apparaît dans le cerveau après qu’a été réalisé l’acte qu’elle est censée avoir déterminé. La représentation de la volonté que nous allons poser un acte, n’intervient en fait qu’une demi-seconde après que l’acte a été posé, alors que l’acte lui-même a pu être réalisé un dixième de seconde seulement après l’événement qui en a été le véritable déclencheur. » (1)

L’attention n’a donc pas un effet directement immédiat sur l’acte.

Regard et préceptes

Cela amène beaucoup de modestie quant à notre « volonté » mais ne peut que nous pousser à « regarder » nos actes et voir comment émotionnellement nous les vivons, en les confrontant aux préceptes qui imprègnent notre vie.

« Il n’y a donc pas comme nous l’imaginions avant la découverte de l’inconscient, une conscience décidant de tous nos actes, à l’exception des actes réflexes. Il n’y a pas non plus, comme Freud l’avait imaginé, deux types d’actes : les uns déterminés par la conscience et les autres par l’inconscient, il n’y a – du point de vue décisionnel – qu’un seul type d’actes, déterminés par l’inconscient, la seule différence étant que certains apparaissent dans le « regard » de la conscience (avec une demi-seconde de retard sur l’acte posé), et certains non. » (1)

Accepter et mesurer

Accepter cela est le début de la sagesse, c’est à dire le contraire de l’illusion.

En suivant la voie du Bouddha, il nous importe de mesurer la part de souffrance que nos actes créent ou dont ils se libèrent dans notre contexte de vie, pour nous-mêmes, les autres, notre environnement. Mais d’un point de vue bouddhiste cette interprétation n’est pas vécue comme une étude de plans dissociés mais bien comme non-séparés.

« Il restait à comprendre pourquoi le regard de la « conscience » est apparu dans l’évolution biologique. L’explication – en parfait accord avec les observations de Libet – est qu’il s’agit d’un mécanisme nécessaire pour que nous puissions nous constituer une mémoire (adaptative) en associant à nos percepts, les affects qu’ils provoquent en nous, et ceci en dépit du fait que les sensations en provenance de nos divers organes des sens (nos « capteurs »), parviennent au cerveau à des vitesses différentes » (1)

« Il faut que nous tenions compte du fait que notre conscience arrive en réalité toujours quelque temps après la bataille. » (1)

La compréhension bouddhiste systémique fait que nous pouvons faire l’hypothèse qu’elle imprègne aussi notre corps & nos cerveaux « sous cortex » (limbique et reptilien).

Erreurs et apprentissages

Cette attention fait qu’il n’y a pas d’erreurs dans notre vie, au sens de ce qui n’aurait pas du être fait, mais des apprentissages qui nous amènent à vouloir corriger les désordres créés, éviter de les reproduire ou créer de nouvelles façons de penser avec de nouvelles ressources. Il nous faut dépasser la simple notion de cause à effet limitée, mais plutôt voir que chacun de nos actes et de nos pensées est lié à un environnement, une histoire, un contexte.

« L’approfondissement de l’interconnexion quantique l’amena d’abord à remettre en cause la conception classique de la causalité. [...] L’idée, c’est que la démarche habituelle consistant à rechercher derrière un événement une ou plusieurs « causes » est fausse. Une infinité de causes sont à l’œuvre pour que se produise un effet donné. Nous disions que tout l’univers est impliqué dans l’apparition d’un événement. L’exemple classique consiste demander : qu’est ce qui a provoqué la mort de Lincoln. On répond : c’est la balle de revolver tirée par John Booth. Mais il s’agit d’une simplification. Il faudrait inclure en réalité « l’ensemble des événements ayant concouru à la fabrication du revolver, l’ensemble des facteurs ayant amené Booth à vouloir tuer Lincoln » etc. [...] Tout événement surgit au sein d’un système, de sorte que la réalité fondamentale se situe davantage dans la totalité que dans ses parties. » (2)

L’histoire de notre vie est un roman

« Dans nos actes quotidiens, dans la façon dont nous réagissons aux autres autour de nous, parce que nous vivons dans un univers entièrement social, il faut que nous prenions conscience du fait que nous avons beaucoup moins de maîtrise immédiate sur ce que nous faisons que nous ne l’imaginons le plus souvent, une maîtrise beaucoup plus faible que ce que nous reconstruisons par la suite dans ces discours autobiographiques que nous tenons : dans ces discours de rationalisation, d’autojustification faudrait-il dire, que nous produisons à l’égard des autres. » (1)

« Bien sûr, nous sommes devenus très forts dans notre manière de vivre avec une telle dissonance : nous réalisons des miracles en termes d’explications après-coup de notre propre comportement. » (1)

La sensation de satisfaction vient quand nous pouvons constater l’adéquation entre nos actes et les valeurs qui sous-tendent notre vie.

« Il y a des gens heureux : ceux dont la conscience constate avec délice les actes qui ont été posés par eux. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : nous sommes satisfaits de constater notre comportement tel qu’il a eu lieu. Et c’est pour cela que l’affect n’est pas trop déçu de ce qu’il observe. L’affect réagit bien entendu : soit il cautionne ce qu’il peut observer comme étant à l’œuvre, soit il est déçu quand il constate le résultat. » (1)

Sortir du roman pour retrouver l’histoire

Il nous faut être capable d’accepter de sortir de ce roman, pour regarder notre histoire. Cela implique de sortir d’une vision auto-centrée, qui est notre façon « normale » de fonctionner et de reconstruire la réalité en fonction de notre pensée, de nos actes.

« Le « monde objectif » des choses que nous percevons dans l’état de veille n’est qu’une interprétation d’une Réalité qui n’est pas celle que nous connaissons. Il est tout à fait possible que ce que nous appelons « réel » du point de vue de la vigilance, ne soit qu’une « vaste symphonie de résonance, d’ondes de formes, un espace de fréquence attendant d’avoir pénétré dans notre conscience pour se métamorphoser en monde tel que nous le connaissons».  (2)

Être capable de voir d’une manière globale, non ego-centrée est ce qu’on appelle la vacuité.

«  La pensée duelle nous empêche de voir la nature réelle de l’univers en mettant des séparations là où il n’y en a pas. » (2)

Méditation et agir

La méditation est une pratique qui nous permet cette conscientisation globale sans avoir à y mettre obligatoirement des mots.

« L’intellect pensant est fortement analytique et tourné vers l’objet. La pensée opère dans la dualité, va du connu au connu, du fragment au fragment ; en outre, lesté du poids du passé, le mental peut aussi avoir un caractère compulsif. L’hyper-développement du mental a donc eu pour effet de couper la pensée de son fondement intuitif dans l’intelligence. Le mental est carrément déconnecté de ce qui est et nous avons semble-t-il perdu toute aptitude à la vision de l’unité. Le domaine entier de la représentation que construit la pensée est coupé du réel. Il existe cependant une intelligence en prise sur le réel, mais qui n’appartient pas au mental ordinaire. Krisnamurti, tout en insistant fortement sur la relation entre la pensée et le cerveau, dit aussi qu’il existe une Intelligence qui ne dépend pas du cerveau. Il la décrit dans ce qu’il appelle la vision en profondeur, l’insight. Aurobindo donne dans cette direction des descriptions très précises. Il soutient que l’enjeu de l’évolution humaine est précisément de dépasser le mental vers ce qu’il nomme le surmental. »(2)

Cette expérience holistique du « corps / pensée » dans la méditation permet justement cet état de félicité car n’est plus dans un jugement duel des actions mais dans une vision globale de notre vie.

Comme le dit Matthieu Ricard dans une de ses conférences :

« Si le bagage héréditaire (« l’inné ») et les conditions externes/le milieu (« l’acquis ») ont certes une influence non négligeable dans l’évolution humaine, des recherches récentes en neurosciences et en sciences contemplatives révèlent  toutefois la capacité de chaque être humain de changer et de progresser en adoptant une attitude déterminée et de transformer peu à peu son paysage mental, sa façon d’être. C’est pourquoi il importe de cultiver son mental et de s’entraîner sans relâche avec comme objectif le dépassement de l’ignorance et, de là, la libération de la souffrance. [...]

En pratiquant avec détermination, diligence et avec patience, on peut accéder tôt ou tard à cette base de la conscience, à cet état de pure conscience et à cette liberté intérieure qui nous rendra capable d’être un avec chaque situation, un avec chaque émotion qui se présente en nous  à un moment donné. » (3)

  1. Blog de Paul Jorion.
  2. Philosophie et spiritualité.
  3. Amis Tibet
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La charge magistrale

Le rôle du maître est principalement triple (1) :

  1. Connaissant le dharma, il l’explique.
    • Mais « quel dharma » transmet-il ? Car comme le rappelle Eric Rommeluère dans son dernier livre (2) : « Le bouddhisme n’est pas le dharma ». « Le premier est une invention de l’Occident, un -isme qui restreint l’enseignement du Buddha à n’être qu’un ensemble de doctrines, un savoir sujet de controverses, quelque chose qui dépend du langage et du raisonnement, quand le dharma, lui, peut se transmettre aussi par le silence et demande d’outre-passer le rationnel et le raisonnable… Le « bouddhisme » ramène l’inconnu au connu, alors que le « dharma » exige d’entrer dans l’inconnu, de lâcher-prise et de se laisser bouleverser… L’enjeu est de taille : comment réellement transmettre l’enseignement du Buddha en Occident ? C’est-à-dire comment l’interpréter – comme l’ont toujours fait les disciples du Buddha, au fil des siècles, en fonction des lieux et des époques – sans pour autant l’adapter à notre convenance ? » (3)
  2. Il témoigne de quelque chose .
    • C’est pourquoi il faut regarder comment il vit. Comme le disait Gandhi : « Ma vie est mon seul enseignement » . Quand il y a des années, j’ai demandé à « prendre refuge »; après plusieurs rencontres et après quelques temps de pratique, ce fut au près d’un maître du bouddhisme tibétain que je voyais pour la première fois mais que l’on m’avait fortement conseillé : Paljin Tulku rinpoché (4). Mais dans mon désir égotique de marcher sur cette voie du Bouddha, je fus très déçu de la réponse de ce lama : « Pourquoi me demander de vous donner refuge ? Vous ne savez pas comment je vis ! » Bien sûr il me donna le refuge quand même (quel lama le refuserait?) mais sous forme de trois rendez-vous dans l’année pour mieux se connaître, partant du principe que prendre refuge auprès d’un lama c’est en faire son « lama racine » et que pour cela il faut s’assurer de l’harmonie entre sa vie et son enseignement.
  3. Mais il sait aussi « appuyer là où ça fait mal ».
    • Suivre la voie du Bouddha c’est accepter d’emprunter des chemins pour se libérer de ses peurs et s’ouvrir à de nouveaux espaces. Seuls, nous marchons toujours dans les mêmes ornières, malgré un désir et un langage de changement. De même que le thérapeute crée un lieu de confiance pour s’aventurer dans les zones les plus risquées de notre personnalité actuelle, de même l’enseignant du dharma, par l’intimité tissée avec lui, va nous entraîner dans de nouvelles sphères d’existence en passant au travers du miroir de nos peurs. Car, telle Alice dans « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll, tout y est inversé par rapport à notre vie habituelle, modifiant notre entendement du temps et de l’espace. Nous risquons fort d’entendre la Reine hurler « Qu’on lui tranche la tête ». Mais la traversée du miroir auquel nous entraîne notre maître, est devenue irrémédiable puisqu’il nous faut jouer aux/de nos échecs pour être couronnés « Reine ».
  1. Notes personnelles sur des enseignements de Eric Rommeluère – sesshin mars 2012 – Nantes .
  2.  Le bouddhisme n’existe pas – Rommeluère, Éric – Edition Seuil.
  3. Université Bouddhique Européenne .
  4. Wikipedia .
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