Jodoe – Célébrons ensemble l’éveil du Bouddha, ici et maintenant.

Dans le Denkoroku (Le Recueil de la transmission de la lumière) Maître Keizan parle de l’éveil du Bouddha Shakyamuni :

« Dans sa trentième année, le huitième jour du douzième mois lunaire (Rohatsu), en apercevant l’étoile du matin, Gautama réalisa instantanément l’illumination et est devenu le Bouddha Shakyamuni. Il dit, comme un lion poussant son premier rugissement, cette phrase : « Moi et tous les êtres sur la grande terre, avons simultanément réalisé l’éveil ».

Ce cri de joie, dans le zen, on le nomme le Grand Eveil, voilà ce qu’en dit Eric Rommeluère (1):

« Le Bouddha s’éveilla, dit-on « grandement » et «soudainement ». Daigo, le grand éveil, désigne dans le Zen, l’expérience ultime de l’ouvert.
Dans le Zen, l’éveil est grand car il n’avait pas le moindre contenu. Nous ne disons pas que le Bouddha Shâkyamuni s’éveilla à une certaine compréhension comme celle des quatre nobles vérités ou bien encore qu’il eut la conscience de ses vies antérieures. Non, nous disons juste qu’il s’éveilla grandement.
En ce sens, l’éveil est un seul mouvement d’ouverture inconditionnelle. Lorsqu’il vit l’étoile du matin, le bouddha ne vit pas l’étoile du matin qu’il avait vu les jours d’avant il vit une unique étoile dans sa totale nouveauté, dans sa totale liberté.
Il s’éveilla grandement, car il rompit avec ses attentes et ses représentations. Tout devint alors vaste et nu. » (1)

Keizan écrit que ce « moi » dont parle le Bouddha n’est pas Gautama, mais l’éveil, le Bouddha Shakyamuni, l’éveillé, qui jaillit de cet ego et ce n’est pas seulement le Bouddha ShakyaMuni qui est apparu, mais l’ensemble de la grande terre et tous ses êtres vivants qui ont ainsi émergé. Keizan nous cite l’exemple suivant « Quand un grand filet est hissé de la mer, toutes les mailles du filet sont élevées avec lui » , de la même manière quand Gautama devint le Bouddha, l’ensemble de la grande terre et tous ses êtres sensibles vivants ont réalisé l’éveil. En outre, non seulement l’ensemble de la grande terre et tous ses êtres vivants l’ont réalisé, mais tous les bouddhas des trois temps (passé, présent et futur) l’ont réalisé. Alors nous qui sommes dans le futur relatif du Bouddha, en quoi et comment, sommes nous concernés aujourd’hui par cet événement qui s’est passé il y a 2500 ans et qui devrait faire de nous des éveillés ? Qu’est ce que cette expérience de « l’ouvert » qui est évoqué plus haut  ?

« Demeurer dans l’ouvert, c’est se laisser affecter par le réel. La vie n’est jamais empêchée par nos attentes et nos désirs. Il n’y a que nous-mêmes qui nous empêchons de vivre. S’éveiller grandement revient à ne plus être empêché par soi-même. » (1)

Maître Keizan attire l’attention sur le risque de croire que Shakyamuni le Bouddha, s’éveillant serait en dehors de l’ensemble de la grande terre et de tous ses êtres. Il nous dit que malgré toutes les myriades de formes qui peuvent y apparaître, rien n’est exclu de la vision de Gautama. Tout, vous aussi, repose dans  « l’Œil du Bouddha ». Non seulement cela, mais vous êtes en interdépendance complète avec tous les êtres existants à ce moment même et « L’Oeil du Bouddha » devient votre corps de chair, le corps entier de chaque personne. Alors qu’y a-t-il à atteindre ou à rejeter ?
C’est Maître Hôgen qui demande :

« Qu’est ce qu’il y a à jeter ou à ne pas jeter ? »

La question contenant implicitement la réponse, dans l’éveil rien n’est opposable et à rejeter :

« L’éveil n’est pas un état psychologique qui s’opposerait à un autre état qui serait celui de l’illusion. L’éveil est grand, car il embrasse nécessairement toute conceptualisation duelle. Séparer l’éveil et l’illusion appartient à la pensée non au grand éveil. » (1)

Keizan finit son explication de l’éveil du Bouddha Sakyamouni en nous proposant de pratiquer généreusement et totalement avec persévérance, de ne jamais abandonner, jusqu’à vivre cette ouverture, ce grand éveil. Ne nous attendons pas à un éveil progressif, jetons nous à l’eau sans peur, ou avec peur, mais ensemble nous pourrons nager dans le courant de la vie, alors celle-ci nous éveillera par tous ces moments opportuns qu’elle nous offre. Nous pouvons suivre l’inspiration d’Eric Rommeluère pour plonger dans le quotidien, l’ordinaire de la vie :

« Le grand éveil a nécessairement une dimension soudaine. À chaque instant, notre rencontre avec le réel est toujours à neuf, et d’une certaine matière, nous sommes en permanence éveillé par le réel. Pourtant cette rencontre demeure imparfaite obstruée par nos perceptions, nos attentes et nos projets qui empêchent le réel d’être authentiquement vu. Parfois un événement inattendu surgit dans la procession des moments qui passent et qui démaille avec force et virulence nos attentes et nos projets. Un tel événement nous démontre immédiatement et soudainement que nous sommes constamment incarcérés dans le jeu de nos habitudes et de nos pensées. Nous n’apercevons qu’une semblance du réel. Mais confronté à l’événement inattendu, quelque chose que nous n’attendions pas surgit, mais ce qui surgit n’est pas autre chose que la réalité même qui se dévoile enfin. Cette force de l’inattendu qui nous surprend au détour des jours, nous la connaissons tous. L’inattendu sait si bien venir à nous et nous défaire. Pourquoi ne viendrions-nous pas à lui ? Autrement dit, pourquoi ne nous engagerions-nous pas à l’éveil. » (1)

C’est pourquoi le Jardin de la Vision Pure vous propose de venir faire face à cet inattendu en « célébrant ensemble l’éveil du Bouddha » (Jodoe), ici et maintenant.
Tout change, c’est la nuit, c’est 9 heures de zazen (tout est bien rythmé avec des marches méditatives pour « dérouiller » les jambes, des temps de repos), c’est l’occasion de se faire surprendre par notre étoile du matin, c’est parce que s’il est facile de se leurrer et de laisser partir l’esprit pendant une, voir trois heures de méditation c’est plus compliqué au bout de 9:00, l’esprit à plus de possibilité de commencer à lâcher et parce qu’on peut alors s’ouvrir à l’instant et à l’inconnu.

Pour finir Keizan, « le moine de montagne », le « vieux prunier », nous offre un de ses poèmes :

Insurpassable de beauté, avec sa forme gracieuse,
est le vieux prunier;
Ses branches épineuses, lorsque la saison sera favorable,
resplendiront en fleurs.

Aurez vous la folie et le courage de vous faire ce « présent » pour la fin de l’année ?

Puissions nous tous, à notre tour fleurir.

(1) : retranscriptions de notes prises au cours d’enseignements
PS : Compte tenu de mon peu de connaissance de l’anglais, je ne peux que vous conseiller de lire le Denkoroku directement en version anglaise sur le site de l’abbaye de Shasta (pour le passage sur l’éveil de Sakyamouni, c’est le 3ème volume en commençant par le haut : Denkoroku   pp.1-98

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