Esprit vaste

Dans ses « Instructions au Cuisinier »  Maître Dogen nous dit :

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan. C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes.

Dans cette partie des instructions au cuisinier, Dôgen développe la notion d’Esprit Vaste (Daishin). La méditation nous fait toucher cette grandeur d’esprit, à nous de la développer dans notre vie de tous les jours. Il est impossible de mettre des limites à cette étendue infinie. Les idées préconçues, que nous avons tous, sont pourtant des freins à notre pratique.

Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter et il ne s’afflige pas de porter 30 livres. Même s’il entend l’appel du printemps, il ne va pas sauter de joie dans la rosée,et s’il contemple les couleurs de l’automne, il ne verse pas de pleurs mélancoliques.

Suivre le dharma (au sens de loi), signifie que nous devons excentrer notre regard sur les choses, un peu comme si nous étions au bord de l’évier et que nous regardions l’eau tourbillonner. L’eau représente les idées toutes faites qui surgissent face à une situation donnée. Si nous nous plongeons dedans, nous irons immanquablement dans cet espace restreint qu’est le tuyau d’évacuation. En restant au bord, nous pouvons tourner notre regard vers les vastes étendues qui sont tout autour.

Un paysage inclus les vicissitudes des quatre saisons, comme le poids inclut l’once et la livre.

La pratique du Dharma nous permet d’éviter les passions, de vivre l’équanimité. Il ne s’agit pas là d’indifférence, par rapport à ce que nous vivons, mais au contraire une profonde compréhension de tout ce qui fait notre vie. Dôgen nous dit clairement qu’il faut délaisser le monde des passions.

Un grand esprit englobe la totalité des composants. C’est ainsi qu’il faut inscrire, comprendre et approfondir le mot grand.

Nous devons inscrire ce mot Grand au fronton de notre vie de pratiquant du bouddhisme zen. C’est en l’étudiant, en le vivant pleinement que nous pourrons suivre les traces des Bodhisattvas et Patriarches qui nous ont précédés.

 

Les citations extraites du « Tenzo kyôkun » de Maître Dogen sont traduites par Janine Courson.
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L’émeraude cachée

Sommes-nous capables de voir tous les trésors que nous avons intérieurement ? Sommes nous capables de voir les trésors de l’enseignement du Bouddha ? :

Deux amis de longue date se retrouvèrent un jour, après s’être perdus de vue pendant plus de vingt ans. L’un deux était devenu un riche marchand, et l’autre un vagabond sans le sou. Après une nuit de libations et d’évocation de souvenirs d’enfance, les deux comparses s’apprêtait à se séparer afin d’aller se reposer. Le riche marchand, pris de compassion, glissa alors discrètement une magnifique émeraude dans la poche de son infortuné acolyte. Il l’avait lui même auparavant acquis en vue de la revendre avec force profit.

Quelques années plus tard, les deux amis se retrouvèrent, une nouvelle fois par hasard. Le riche marchand fut surpris de revoir son vieil ami dans le même état de pauvreté, toujours habillé comme un vagabond : « Tu es toujours aussi pauvre ?
– Comme tu le vois. je crois que je suis incapable de gagner ma vie correctement.
– Quel idiot ! reprit le marchand, tu n’as donc pas trouvé la pierre que j’avais glissé dans ta poche ! »

Alors serons-nous capables de sentir l’émeraude cachée dans notre poche ?

 

 
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Bodhidharma

Pour les pratiquants du Zen Bodhidharma est le premier patriarche chinois, pour les enfants japonais c’est un jouet, une sorte de culbuto. Ce jouet est toujours centré et revient toujours dans sa position initiale, même si on le déstabilise. Finalement il représente assez bien la stabilité de la posture Zazen que Bodhidharma à commencé à développer en Chine.
Bodidaruma
« En Inde c’est le grand maître Bodhidharma.
Au Japon un jouet à bascule.
Là-bas, il écrase les six écoles hors de la voie.
Ici il console trente mille galopins »
Hakuin

Bodhidharma est un moine indien qui a débarqué sur les côtes chinoises (Canton) en 527. A cette époque règnait en Chine du Sud l’empereur Leang Wou Ti, un fervent bouddhiste. Bodhidharma peu après son arrivée rencontre l’empereur voici le dialogue :

– Depuis le début de mon règne, j’ai construit tant de temples, copié tant de textes sacrés, aidé tant de moines ; Selon vous quel est mon mérite ?
– Aucun mérite !
– Et pourquoi donc ?
– Ce ne sont là que des actions inférieures qui permettront à leur auteur de renaître dans les cieux ou sur cette terre. Elles portent encore la marque du monde et sont comme des ombres qui suivent les objets. Une action vraiment méritoire est remplie de pure sagesse, parfaite et mystérieuse, sa nature réelle est au-delà de la portée de l’intelligence humaine.
– Alors, quel est le premier principe de la sainte doctrine ?
– Rien ne peut être qualifié de saint dans le principe qui est par définition vaste et vide.
– Qui donc est celui que j’ai en face de moi ?
– Je l’ignore.

A la suite de cet entretien Bodhidharma se rend à Shaolin, non loin de la capitale impériale. Là, il s’installe dans une grotte, où il reste neuf ans à contempler le mur.

Un jour, un jeune homme du nom d’Eka, vint voir le voir pour qu’il lui enseigne la pratique bouddhiste. Bodhidharma est assis en silence, face au mur de sa grotte. Ce jour d’hiver lest très froid, Eka reste debout à l’extérieur dans la neige mais Bodhidarma ne lui répond pas. En désespoir de cause le jeune homme se saisit de son épée, coupe son bras et l’offre au maître en lui disant:

– « Mon esprit n’est pas encore pacifié, je vous en prie, maître, pacifiez-le ».
– « Amène-moi ton esprit et je le pacifierais » répond  Bodhidharma.
– « Je cherche l’esprit, mais je ne peux le saisir ».
– « Alors, le voilà pacifié ».

Bodhidharma aurait eu quatre disciples importants et a donné sa transmission au 2ème patriarche Eka . A la suite de cette désignation Bodhidarma disparu. Certains disent qu’il fut enterré dans une montagne en Chine, d’autres qu’il reprit le chemin de son pays natal.

On raconte que peu après sa mort, un bouddhiste laïc en route vers l’Inde aurait rencontré Bodhidharma marchant pieds nus et tenant une sandale à la main. A son retour en Chine ce laïc serait allé voir les disciples de Bodhidarma. En ouvrant son tombeau, ils le trouvèrent vide… seule un sandale était là.

Bodhidharma, considérait que le Lankâvatâra Sutrâ était bien adapté  à l’esprit chinois, et le cita en  référence aux adeptes de la méditation. C’est pour cela que l’école Tch’an fut connue au départ sous le nom d’école du Lankâvatâra.
L’enseignement de Bodhidharma a été retranscrit par son disciple Tan-lin dans un recueil intilulé « Le traité de Bodhidharma ».

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Le Repas

Dans le zen, recevoir la nourriture est un acte qui requiert toute l’attention.  Au Jardin de la Vision Pure nous avons, à la suite du zazen hebdomadaire, pris un repas dans la tradition zen. Il se fait en silence, dans le dojo. Après avoir récité les stances du repas nous avons pu manger en pleine conscience.

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Nous avons reçu la nourriture en prêtant attention à ce qui est donné, sans jugement, dans un esprit d’ouverture totale. Lors d’un repas en silence tous les goûts sont présents et nous pouvons en prendre soin, y porter toute notre attention. A travers cette attitude nous rendons hommage à tous ceux qui ont contribué aux plats présentés, du paysan qui a cultivé les produits, au cuisinier  qui les a transformés.

Dans les temples zen les moines mangent tous les jours en suivant le rituel des Oryokis, très précis et complexe pour nous européens.  Au Jardin de la Vision Pure nous avons suivi un rituel épuré et adapté à notre esprit occidental. L’esprit reste le même : manger en étant conscient de cette nourriture qui participe à notre éveil.

Cette manière de manger nous permet de voir le repas, non comme un banal acte de consommation, mais plutôt comme un acte totalement conscient.

Dans notre pays , il me semble que les gens n’accordent pas plus d’importance à la nourriture et à sa préparation que les animaux à plumes et à poils.
C’est tout à fait déplorable ! Pourquoi en est-il ainsi ?

Maître Dogen – Instructions au cuisinier zen

En occident, pratiquants du dharma ou non, nous ne sommes pas obligés de manger à la façon traditionnelle des moines, à chaque repas. En étant pleinement dans la vie de la société nous pouvons néanmoins manger en respectant la nourriture.
Notre regard sur la production des aliments pourrait bien changer  😉

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Esprit vaste

Dans ses « Instructions au Cuisinier »  Maître Dogen nous dit :

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan. C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes.

Dans cette partie des instructions au cuisinier, Dôgen développe la notion d’Esprit Vaste (Daishin). La méditation nous fait toucher cette grandeur d’esprit, à nous de la développer dans notre vie de tous les jours. Nous ne pouvons pas mettre de limites à cette étendue infinie. Les idées préconçues, que nous avons tous, sont pourtant des freins à notre pratique.

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Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter et il ne s’afflige pas de porter 30 livres. Même s’il entend l’appel du printemps, il ne va pas sauter de joie dans la rosée,et s’il contemple les couleurs de l’automne, il ne verse pas de pleurs mélancoliques.

Suivre le dharma (au sens de loi), signifie que nous devons excentrer notre regard sur les choses, un peu comme si nous étions au bord de l’évier et que nous regardions l’eau tourbillonner. L’eau représente les idées toutes faites qui surgissent face à une situation donnée. Si nous nous plongeons dedans, nous irons immanquablement dans cet espace restreint qu’est le tuyau d’évacuation. En restant au bord, nous pouvons tourner notre regard vers les vastes étendues qui sont tout autour.

Un paysage inclus les vicissitudes des quatre saisons, comme le poids inclut l’once et la livre.

La pratique du Dharma nous permet d’éviter les passions, de vivre l’équanimité. Il ne s’agit pas là d’indifférence, par rapport à ce que nous vivons, mais au contraire une profonde compréhension de tout ce qui fait notre vie. Dôgen nous dit clairement qu’il faut délaisser le monde des passions.

Un grand esprit englobe la totalité des composants. C’est ainsi qu’il faut inscrire, comprendre et approfondir le mot grand.

Nous devons inscrire ce mot Grand au fronton de notre vie de pratiquant du bouddhisme zen. C’est en l’étudiant, en le vivant pleinement que nous pourrons suivre les traces des Bodhisattvas et Patriarches qui nous ont précédés.

Les citations du Tenzo kyôkun sont traduites par Janine Courson.

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L’ordinaire de la Grandeur

« Maître, s’il vous plaît enseignez moi l’essence du dharma. »
Joshu répondit : « As-tu terminé ton repas ? »
« Bien sûr, Maître,  j’ai fini. »
« Alors va laver tes bols ! »

La pratique de la grandeur c’est aussi la pratique de l’ordinaire. En ayant tout au long de notre journée un attitude juste, une position noble, nous pratiquons le dharma.Nous pouvons dans les gestes quotidiens nous ouvrir à l’esprit vaste. Cela demande de l’attention et de la présence, deux qualités que l’on développe en méditation.

Attention et présence peuvent aussi être là dans nos actions ordinaires, Il est possible d’utiliser des « moyens habiles » pour y parvenir. Les moines zen, par exemple, récitent des versets avant d’effectuer des gestes ordinaires

  • en se lavant le visage :

« je fais le voeux avec tous les êtres d’atteindre la pure porte du dharma et d’être toujours sans souillure »

  • en se brossant les dents :

« Je fais le voeu avec tous les êtres de prendre soin de la dent qui tranche les attachements. »

  • En lavant leur bol à la fin du repas :

« Avec cette eau, je lave mon bol, elle a le goût du nectar céleste, j’en fais offrande à tous les morts et tout ceux qui souffrent dans leurs enfers, qu’elle les désaltère comme la rosée du matin »

Pour nous occidentaux il faut trouver nos propres versets, nos propres moyens habiles, qui nous ramènerons à la présence, l’attention du moment ordinaire. Chacun de nous doit découvrir sa façon de vivre la Grandeur, dans le travail, avec les collègues, la famille, les amis. Chacun doit développer en soi l’Esprit d’Eveil dans sa vie quotidienne.

« En ouvrant cette porte, je prends 2 inspirations afin d’accueillir tous les êtres »

« En cuisinant j’accueille tous ceux qui ont permis à ces pâtes de nourrir ma famille »

« En allant au travail je suis conscient et j’accueille tous les êtres qui auront besoin de ce que je vais produire »

A chacun de compléter ces 3 versets en fonction des actions qu’il effectue dans la journée.

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